Trouble psychosomatique

P. Cathébras, V. Verline La Revue du Praticien, 2012, vol.62, n°9, pp. 1299-1304

Le terme "psychosomatique" est généralement synonyme d’"imaginaire" et cette étiquette est souvent difficile à porter pour un patient.

Il est indéniable que les facteurs psychologiques et sociaux interviennent dans toutes les situations pathologiques, qu’il y ait ou non une lésion organique ou un mécanisme physiopathologique décelable. Il n’en reste pas moins que certaines situations cliniques relèvent plus que d’autres de l’approche psychosomatique. Il y a lieu de s’interroger lorsque les symptômes restent "fonctionnels ", c’est à dire sans explication biomédicale.
Ces troubles psychosomatiques recouvrent un certain nombre de situations dont

  • les formes somatisées de la dépression et de l’anxiété (près de la moitié des patients anxieux ou déprimés consultent d’abord pour des symptômes physiques parmi lesquels les douleurs mal systématisées et la fatigue ). Il faut dés lors interroger avec tact les patients qui reconnaissent alors habituellement leur souffrance psychique ;
  • les troubles somatoformes qui qualifient ce qu’on appelait précédemment la névrose hystérique, et qui recouvrent ce qui se nomme désormais :
    • la personnalité histrionique, personnalité marquée par des réponses émotionnelles excessives et labiles, dramatisation, théâtralisme ;
    • le trouble de conversion (caractérisé par des symptômes touchant la motricité volontaire, les fonctions sensitives ou sensorielles) ou
    • le trouble douloureux (plainte douloureuse chronique sans substratum organique). S’ajoute un comportement hyponchondriaque (l’hypochondrie ne représentant pas une catégorie à part mais plutôt une dimension présente dans de nombreux autres troubles mentaux) ;
  • la somatisation au sens large ou syndromes somatiques fonctionnels : tendance à ressentir et à exprimer des symptômes somatiques dont ne rend pas compte une maladie organique.
    Globalement "la somatisation permet de maintenir la détresse psychologique en la camouflant sous une étiquette socialement plus acceptable, celle de la maladie physique".

Lorsque les symptômes perdurent, s’installe un climat de suspicion entre patients et soignants ; la crainte de méconnaître une pathologie organique pousse les praticiens à une fuite en avant vers des examens paracliniques trop nombreux et onéreux. La détresse émotionnelle devient évidente alors que le patient la nie de plus en plus farouchement.

Il faut dès lors adopter une approche personnalisée dite "centrée sur le patient", plutôt que sur une hypothétique maladie organique ou psychiatrique sous-jacente. Cela nécessite une collaboration étroite entre "somaticiens" et "psychistes" (psychiatres ou psychologues). Dans les cas les plus complexes, les consultations multidisciplinaires, organisées sur le modèle des centres d’évaluation et de traitement de la douleur, permettent une prise en charge médico-psychologique intégrée mais au prix d’une lourde structure. Dans tous les cas, la relation thérapeutique doit aider le patient à réinvestir différemment son corps et son psychisme, et à participer activement à sa prise en charge.

(publié le 28 décembre 2012)