Boissons énergisantes : un risque méconnu

A. Petit, F. Levy, M. Lejoyeux, M. Reynaud, L. Karila La Revue du Praticien, Médecine Générale, 2012, vol.62, n°5, pp.673-678. Bibliographie

Une certaine ambiguïté est entretenue par les producteurs à travers la dénomination choisie de "boisson énergisante" qui induit une confusion avec les boissons énergétiques dont la composition est adaptée à l’effort physique et à la récupération des sportifs.
Ces boissons énergisantes contiennent systématiquement de la caféine et de la taurine, et selon les marques, des quantités plus ou moins importantes de glucorolactone, de sucre, mais aussi du ginseng, de l’inositol, des vitamines du groupe B.
La caféine est un psychostimulant. Bien que sa tolérance ait une variabilité individuelle très marquée, il est recommandé de limiter strictement la consommation quotidienne de caféine à 600 mg (soit 8 tasses de café ou 2 à 3 l de thé).
La consommation en taurine doit être limitée à 3g/jour (ce qui correspond à 3 canettes). Les effets pour des doses supérieures sur de longes périodes ne sont pas connus.
En ce qui concerne le glucorolactone, les "effets potentiels sur les performances physiques, la mémoire, la fatigue et la concentration n’ont jamais été démontrés".
Le guarana est très riche en caféine et peut donc provoquer nausées, vomissements, palpitations, crampes musculaires et céphalées. Sa consommation prolongée peut entraîner une rhabdomyolyse, une arythmie, des crises convulsives et une dépendance.
Ces susbtances sont principalement consommées le week-end, mélangées aux alcools forts (pour 85 à 88% des consommateurs) essentiellement la vodka (88%), voire la tequila ou le champagne, pour une recherche de sensations ("frisson, amusement ou désinhibition") mais non comme antidépresseur ou anxiolytique. Ce mélange est également utilisé par les consommateurs n’aimant pas le goût de l’alcool.

L’association boisson énergisante - tabac entraîne une augmentation de la fréquence et de la quantité de caféine consommée chez les fumeurs.
L’usage concomitant d’ecstasy (qui contient des amphétamines) et des boissons énergisantes est à haut risque sur le plan cardiovasculaire et neurologique.

Des effets indésirables de ces boissons ont été rapportés mais les études ne sont pas concordantes : hausse significative de la pression artérielle systolique et diastolique, de la fréquence cardiaque, allongement de l’espace QTc, crises convulsives (abaissement du seuil épileptogène), voire accidents vasculaires cérébraux , augmentation de la diurèse et de la natriurèse (responsable de déshydratation ), risque d’obésité et de caries (teneur élevée en sucres), comportements à risque et comportements violents, sentiment d’invincibilité ou d’invulnérabilité déclenché par l’association boissons énergisantes - alcool).
Le risque majeur est la majoration de la consommation d’alcool car la caféine réduit la sensation d’ivresse et potentialise les effets de désinhibition facilitant l’abus d’alcool et les comportements à risque.
Bien que la dangerosité de ces boissons énergisantes n’ait pas été scientifiquement établie, les dangers d’une utilisation abusive doivent être pris en compte et les populations jeunes devraient être informées de ces risques en particulier celui d’alcoolo dépendance. Sur les canettes figurent des messages de précaution exigées par l’Agence française de sécurité sanitaire.

(publié le 5 septembre 2012)