L’abus de boissons énergisantes présente-t-il un risque ?

A. Petit, L. Karila, M. Lejoyeux La Presse Médicale, 2015, vol.44, n°3, pp. 261-270. Bibliographie

Les boissons énergisantes qui ont fait l’objet de grandes campagnes publicitaires connaissent une popularité croissante chez les adolescents et les jeunes adultes. En France, la consommation de ces boissons énergisantes a augmenté de 63% entre 2006 et 2010. Elles appartiennent à la catégorie des "Energy drinks" ou "Smart drinks" et sont répertoriées en France sous le nom de boissons "tonifiantes". Elles doivent être distinguées des boissons énergétiques dont la composition a été adaptée spécifiquement à l’effort physique et à la récupération.
Ces boissons énergisantes sont non-alcoolisées et contiennent principalement de l’eau, des vitamines, de la caféine, de la taurine (dérivé soufré d’acide animé), du glucuronolactone (dérivé du glucose qui participe au bon fonctionnement hépatique et régule la formation de glycogène), de la guarana (riche en caféine), du sucre ainsi que d’autres substances telles que la créatinine (anabolisant musculaire), l’éphédrine (produit stimulant et amaigrissant), le ginseng (stimulant, aphrodisiaque, qui diminue la sensation de fatigue et améliore la résistance au stress), l’inositol et des vitamines du groupe B.

Ces boissons sont souvent utilisées associées à l’alcool, au tabac ou aux produits illicites (cocaïne, ecstasy, amphétamines, méthamphétamine) ; les comprimés d’ecstasy contenant pour leur part de la caféine, de l’éphédrine, de la kétamine, de l’acétaminophène qui potentialisent les effets psychostimulants des différents composants des boissons énergisantes.
Les motivations recherchées dans la prise de ces boissons sont l’amélioration de la performance sportive et intellectuelle, la recherche de sensations et de nouveauté, la perte de poids.

Les effets indésirables sont

  • des troubles cardiovasculaires : hausse de la pression artérielle, de la fréquence cardiaque et respiratoire, allongement du QTc, arythmie, augmentation du risque de cardiomyopathie et de décès par arrêt cardiaque, dissection aortique ;
  • des troubles neurologiques : crises convulsives, abaissement du seuil épileptogène, accidents vasculaires cérébraux chez des moins de 30 ans ;
  • des complications rénales : diurèse importante induisant déshydratation et fuite de sodium, de chlore, de magnésium et de calcium ;
  • des troubles métaboliques : augmentation de la glycémie, risque d’obésité ;
  • des effets buccodentaires : caries dentaires ;
  • des effets psychiatriques : troubles bipolaires, dépression et troubles anxieux, troubles du comportement ;
  • des addictions : intoxication éthylique aiguë ou dépendance aux boissons énergisantes, aux produits illicites et au tabac.

Il semblerait que la prise occasionnelle ou modérée de ces boissons, sans association avec des produits psychotropes présente peu de risques pour des adultes sains.
Le message de prévention doit concerner les plus jeunes, surtout en cas de prise associée d’alcool et de produits illicites, mais aussi les populations ayant des comorbidités cardiaques, neurologiques ou rénales.
S’il n’existe pas à ce jour de preuves formelles et indiscutables d’effets indésirables de la consommation de boissons énergisantes, la sécurité d’emploi n’est pas assurée et l’AFSSA a opté pour le principe de précaution et a exigé" de faire figurer sur les cannettes les trois mentions suivantes : déconseillé aux enfants, déconseillé aux femmes enceintes et à consommer avec modération.

(publié le 12 mai 2015)