L’obésité : un état précancéreux digestif ignoré

P. Hillon, F.Hé La Presse Médicale, 2010, vol.39, n°12, pp.1233-1235. Bibliographie
En France, l’obésité atteint environ 15% de la population adulte et près de 20% dans le quart nord-est du pays.
L’obésité abdominale est responsable d’hypertension artérielle et de désordres métaboliques. Elle est souvent associée à une surcharge graisseuse du foie qui fait le lit du cancer primitif du foie.
Parallèlement, syndrome inflammatoire, excès d’acides gras libres et baisse de l’adinopectine sont responsables d’une insulinorésistance. Les cellules bêta du pancréas augmentent leur sécrétion d’insuline qui devient un facteur prolifératif et apoptotique puissant. S’y ajoute une hypersécrétion de leptine et une hypersécrétion par le tissu adipeux de facteurs angiogéniques qui contribuent à la croissance tumorale. L’activation du plasminogène IAP-1 facilite l’envahissement vasculaire favorisant la dissémination métastatique.
La proportion de cancers induits chaque année dans la communauté européenne par le surpoids et l’obésité est voisin de 56 000 dont 21 500 cancers coliques.
Les cancers les plus sensibles au surpoids sont dans les deux sexes : les cancers digestifs (adénocarcinomes œsophagiens, cancers colo-rectaux, du pancréas, de la vésicule biliaire), les cancers du rein, de la thyroïde et le myélome multiple. Viennent ensuite les cancers primitifs du foie chez l’homme et les cancers gynécologiques chez la femme.
Le diabète de type 2 est associé à une augmentation de l’incidence de la plupart des cancers digestifs, l’effet étant particulièrement marqué pour les cancers du foie. Le risque de cancer n’est en revanche pas modifié en cas de diabète de type 1, ce qui confirme le rôle délétère de l’hyperinsulinémie.
La méconnaissance de l’importance du rôle cancérigène de l’obésité conduit souvent à des démarches de prévention inadaptées. Ainsi un homme obèse, sans activité physique et sans antécédent familial de cancer du colon ne bénéfice que d’un test Hémoccult alors que ce test est jugé non sensible en cas de risque élevé. Ne faudrait-il pas prescrire une coloscopie tous les 5 ans ?
De même, obésité et diabète aggravent le pronostic des cancers digestifs et dans le carcinome hépatocellulaire, la croissance tumorale est d’autant plus rapide que l’insulinémie est élevée. Si la surcharge graisseuse abdominale ne modifie pas l’activité de la chimiothérapie conventionnelle, elle réduit de façon marquée l’efficacité des traitements antiangiogéniques.
La lutte contre l’obésité est désormais un des outils essentiels de la lutte contre le cancer en particulier chez les personnes à risque.
(publié le 8 février 2011)