Services de santé au travail, obésité morbide et poste de travail

J-P. Pousset, A. Caubet, T. Gouyet Archives des maladies professionnelles et de l’environnement, 2016, vol. 77, n°5, pp.792-798. Bibliographie

L’obésité va croissante dans les pays industrialisés et l’OMS l’a déclarée fléau mondial. Ce ne sont pas moins de 43 000 interventions bariatriques qui ont eu lieu en France en 2013.
L’obésité commence avec un IMC de 30 ; elle est sévère entre 35 et 40, morbide au delà de 40 et qualifiée de super-obésité au-delà de 50. L’obésité androïde est plus dangereuse que l’obésité gynoïde. "Le caucasien est obèse lorsque son tour de taille dépasse 80 cm pour la femme et 92 cm pour l’homme. Le diamètre abdominal est directement corrélé à une augmentation des risques cardiovasculaires et de diabète".
Il n’existe pas de traitement médical efficace à long terme contre l’obésité ; le seul traitement durable est chirurgical, associé à un suivi médical pluridisciplinaire à vie.
Deux types d’interventions existent :

  • les techniques restrictives qui visent à diminuer le volume des apports alimentaires (anneau gastrique, plicature gastrique ou sleeve gastrectomie) ; et
  • les techniques mixtes qui associent une restriction à une malabsorption (by-pass gastrique, bass-py en oméga ou switch duodénal).

Les techniques actuelles les plus en vogue sont le by-pass (section gastrique associée à une réduction de la longueur de l’intestin grêle) et la sleeve gastrectomie (réduction du volume gastrique en réséquant la grosse tubérosité).

En milieu professionnel, l’obèse rencontre de nombreuses difficultés

  • une discrimination à l’embauche : un candidat obèse a 3 fois moins de chances d’avoir un entretien d’embauche lorsqu’il s’agit d’un poste de commercial et 1,4 fois moins pour un poste de télévendeur.
    Il est soupçonné d’être moins productif (ce que confirment les statistiques, en raison de l’absentéisme liée aux comorbidités) ;
  • des remarques vexatoires quant à la mise à disposition de matériel professionnel (chaises de bureau, de vêtements de travail, etc. ) ou visant l’absentéisme ;
  • des difficultés à effectuer certaines tâches professionnelles (passages dans des trous d’homme ou des trappes d’accès).

L’obésité augmente les risques de maladies cardiovasculaires et respiratoires, le syndrome d’apnée du sommeil, de diabète, de troubles musculo-squelettiques (lombalgies, gonarthrose, arthrose digitale) et de certains cancers.

En France, en 2007, le coût médical de l’obésité est estimé entre 1,5 et 6,2 milliards d’euros soit entre 1,5% et 4,6% des dépenses de santé. En termes économiques, la prise en charge chirurgicale de l’obésité, y compris des complications et du suivi des opérés coûte moins cher à la société que la prise en charge des patients non opérés.

L’arrêt de travail d’un sujet opéré est de 4 semaines, plus si horaires particuliers ou efforts importants dans le cadre du poste de travail. La perte de poids est rapide au début et la stabilisation prend environ 18 mois.
Outre les troubles digestifs divers et imprévisibles dans leur devenir, existe une fonte musculaire (induisant des rachialgies) qui sera contrôlée par une musculation spécifique et une détente des tissus cutanés (augmentant les zones de frottement). Une intervention secondaire de chirurgie plastique et reconstructrice peut être envisagée après 18 mois. Les troubles psychiatriques préexistants peuvent récidiver mais la nouvelle image corporelle permet de renouer des liens sociaux et professionnels et d’affirmer sa personnalité.

Le rôle du médecin du travail s’exprime avant l’opération. Il doit se préoccuper des comorbidités et évaluer les risques induits par l’obésité. Une reconnaissance en qualité de travailleur handicapé peut faciliter un aménagement de poste ou un reclassement. La souffrance psychologique induite par l’entourage professionnel peut exiger une soustraction au risque.

Le sujet opéré devra se soumettre à diverses consignes : alimentation fractionnée à heure fixe, répartie en 6 petits repas journaliers, boissons décalées par rapport aux repas, éventuellement supplémentation vitaminique.
L’équipe pluridisciplinaire jugera de l’opportunité de reprendre le travail au poste antérieur et proposera éventuellement aménagement de poste ou reclassement. Ce sont les deux premières années qui posent le plus de difficultés.
L’alimentation mal équilibrée ou les horaires mal gérés peuvent être à l’origine de malaises hypoglycémiques ayant des répercussions sur l’activité professionnelle.
Le risque d’éventration postopératoire est très faible après une cœlioscopie. Si la voie d’abord est une laparotomie, l’avis du chirurgien est requis avant l’affectation à un poste exigeant des efforts physiques.
Le médecin du travail s’assurera que le sujet opéré dispose bien d’un suivi médical (par l’équipe médico-chirurgicale pendant les deux premières années), et ensuite par le médecin traitant. Il informera le salarié d’une déplétion du calcium, et de l’importance d’un traitement substitutif pour éviter une déminéralisation osseuse.

Les équipes pluridisciplinaires en santé au travail diffuseront des conseils nutritionnels en entreprise et feront des propositions quant aux aliments proposés au sein de l’établissement (distributeurs). L’interrogatoire du salarié permettra de faire le point sur les difficultés en entreprise sachant que l’obèse occulte son handicap.
Les salariés déstabilisés par leur obésité seront orientés vers leur médecin traitant.

(publié le 27 décembre 2016)