Utilisation de l’adrénaline dans le traitement de l’anaphylaxie : nécessité d’autorisation d’emploi par les secouristes

A. Larcan, D-A. Moneret-Vautrin La Presse Médicale, 2013, vol.42, n°6, pp. 922-929. Bibliographie
L’anaphylaxie engage le pronostic vital. Elle est évaluée à une incidence d’un à trois sujets sur 10 000 habitants et connaît une importante progression depuis dix ans, notamment l’anaphylaxie alimentaire. L’adrénaline est le seul traitement.
La littérature internationale issue des Services hospitaliers d’urgence, de pédiatrie, de cardiologie, réanimation, allergologie, portant majoritairement sur les années 1999-2002 ainsi que des directives issues de l’Europe, Royaume-Uni, États-Unis ont été analysées. L’utilisation par les patients de seringue auto-injectable d’adrénaline est des plus médiocres (moins de 5% des patients en réalisent un usage justifié). La situation ne semble pas plus brillante tant dans le temps pré-hospitalier qu’après l’admission dans les services d’urgence.
L’étude des cas mortels d’anaphylaxie a montré que lorsque l’anaphylaxie est médicamenteuse, le délai moyen avant la survenue de l’arrêt cardiorespiratoire est de cinq minutes ; il est de dix à 15 minutes lorsque la cause est une piqûre d’hyménoptère et de 20 à 25 minutes lorsque la cause est alimentaire. Le délai d’injection d’adrénaline est de 10 à 30 minutes dans les cas ayant survécu et de 25 à 180 minutes chez les enfants décédés. Il est donc important de ne pas attendre l’arrivée de l’ambulance médicalisée pour faire une injection d’adrénaline.
Certes, si la voie sous-cutanée ne permet pas le plein traitement du choc anaphylactique, elle reste le mode d’administration du premier quart d’heure en attendant le geste médical d’adrénaline à plus forte dose et par voie intraveineuse, conjugué au remplissage et à l’oxygénothérapie.
L’utilisation d’adrénaline auto-injectable par des secouristes professionnels au Royaume-Uni et aux États-Unis n’a montré aucune réaction indésirable sérieuse survenue lors de l’utilisation par ces personnels.
Dès lors, il paraît important de former les secouristes afin qu’ils reconnaissent l’anaphylaxie et puissent prendre la décision d’usage d’adrénaline avant l’arrivée des secours spécialisés après qu’ils aient reçu une formation à la manipulation de cette seringue (en raison d’un risque de nécrose d’un doigt après une injection accidentelle dans celui-ci).
(publié le 29 août 2013)