Bientôt un vaccin contre le paludisme

S. Etien La Recherche, 2011, n°453, pp.67
Le paludisme tue 800 000 personnes par an, dont 80% sont des enfants de moins de cinq ans.
Des travaux de recherche sont menés depuis 40 ans et une vingtaine de vaccins contre le paludisme sont en cours d’essais cliniques.
Les difficultés sont en effet considérables. Ce parasite possède 5 800 antigènes de surface et il est difficile d’identifier celui qui induira une bonne protection.
L’immunité naturelle lente, confère une protection incomplète et ne constitue donc pas un modèle d’étude satisfaisant.
Au cours de son cycle, le parasite passe par des conformations différentes qui constituent autant de groupes antigéniques à prendre en compte.
Aucun modèle animal ne développe de paludisme lorsqu’on lui inocule le parasite humain Plasmodium Falciparum et il est dès lors difficile de tester sur l’animal le vaccin à l’étude.
En 1980, le premier antigène est découvert : il s’agit de la protéine circumsporozoïte. En 1988, cette protéine est fusionnée avec un antigène du virus de l’hépatite B. Cette première version du vaccin, testée chez l’adulte n’induit qu’une faible protection. Un adjuvant est alors ajouté : le AS02 . Le vaccin est testé en Gambie sur des adultes. Bien toléré, il protège environ la moitié des adultes vaccinés au cours des deux premiers mois de suivi. Testé ensuite en 2003 sur près de 2000 enfants au Mozambique, la protection induite n’est plus que de 35%, mais il est noté également que parmi les enfants ayant déclaré un paludisme malgré la vaccination, la forme développée est moins grave que celle survenant chez les non vaccinés.
AS01 est alors mis au point et le vaccin formulé avec cet adjuvant est testé chez des enfants au Kenya et en Tanzanie. L’efficacité est de 50% à 8 mois et de 45% à 15 mois.
Un essai de phase 3 est alors lancé en mai 2009 incluant 16 000 enfants dans sept pays africains ; les premiers résultats seront connus fin 2011 et le suivi sera assuré jusqu’en 2014. Si les essais sont concluants, une demande d’autorisation de mise sur le marché sera faite fin 2014. Il s’agit du vaccin RTS,S.
Cette protection qui n’est que de 50% n’a rien de rédhibitoire. En, effet, si 80% des enfants reçoivent ce vaccin, plusieurs certaines de milliers de vies chaque année pourraient être sauvées. Mais sera t-il possible d’obtenir une telle couverture vaccinale ?
L’objectif de l’OMS pour 2025 est plus ambitieux. Elle forme le projet d’avoir un vaccin efficace à au moins 80% pendant quatre ans. Des études sont en cours et les chercheurs en sont à penser que "les antigènes les plus intéressants pour fabriquer un vaccin restent à découvrir".
(publié le 6 juin 2011)