Les débuts prometteurs du vaccin contre Ebola

A. Debroise La Recherche, 2016, n°507, pp.51-54

Pour lutter contre l’épidémie Ebola, trois candidats vaccins ont été produits en un temps record, mais plusieurs laboratoires travaillaient depuis plusieurs années sur le virus. Les premiers essais de phase I et II, organisés sur des volontaires un peu partout dans le monde dès octobre 2014 pour deux vaccins et en janvier 2015 pour le troisième sont bien supportés et produisent une bonne réponse immunitaire.

Seuls les essais de phase III, réalisés en situation épidémique pourront juger de la réelle efficacité. Mais ils arrivent trop tard car le virus ne circule plus assez pour permettre de tester l’efficacité du vaccin à s’y opposer. Seul le candidat rVSV-Zebrov (fabriqué par la firme Merck qui exploite le virus de la stomatite vésiculeuse humaine) a été testé en conditions épidémiques entre avril et juillet 2015 (quand la Guinée recensait encore 50 à 100 cas hebdomadaires).
La stratégie vaccinale adoptée est une vaccination en anneau, inspirée de celle de la variole.
Une fois le cas identifié (confirmé par un test rapide avec résultat en un quart d’heure), le patient est pris en charge et toutes les personnes ayant été en contact avec lui dans les 21 jours précédents sont identifiés. Ces individus sont eux-mêmes interrogés pour identifier un second cercle de constats indirects ayant été en relation avec eux.
Toutes les personnes identifiées dans ces deux cercles ont eu la possibilité de participer à l’essai clinique mais aucun groupe témoin n’a été constitué. Il était difficile d’injecter à l’insu des sujets contacts, un placebo en raison de la gravité de la maladie. 4 123 personnes ont reçu le vaccin tout de suite et 3 528 sujets, 21 jours plus tard. Des cas ont eu lieu dans les suites immédiates de la vaccination car certains individus avaient déjà commencé à développer la maladie. 6 jours après la vaccination, aucun cas n’a été signalé dans le groupe vacciné immédiatement mais 16 dans le groupe vacciné plus tard. La vaccination a également protégé les personnes non vaccinées en coupant la circulation du virus dans la population. En raison de l’absence de groupe témoin, l’essai se poursuit car les résultats aussi bons soient-ils ne permettent pas d’assurer de la protection du vaccin dans une population non exposée au virus. Ce vaccin rVSV-Zebrov qui semble protéger contre la souche Zaïre (qui tue entre 57 et 90% des sujets infectés) ne protège pas nécessairement contre les quatre autres souches.
La fin de l’épidémie ne signe pas la fin de la recherche qui reste nécessaire pour évaluer la réponse immunitaire des sujets vaccinés et la quantité d’anticorps anti-Ebola produits, dont la présence témoignera de la durée de protection.

(publié le 28 mars 2016)