Peur des vaccins : quels déterminants ?

C-A. Siegrist interviewée par S. Cannasse La Revue du Praticien, Médecine Générale, 2011, tome 20, n°826, supplément, pp.5-7
La peur des vaccins et donc la résistance aux vaccinations varie selon les pays d’Europe. Les pays qui mettent le souci de la collectivité avant le bénéfice individuel acceptent bien les vaccinations, car perçues comme bénéfiques pour tout le monde. Les pays individualistes sont souvent plus réticents avec même des variations à l’intérieur d’un même pays entre le Nord et le Sud. S’y ajoute la perception de l’influence de l’industrie pharmaceutique et de son souhait de profits. Intervient également l’importance de la gravité perçue de certaines maladies, pas toujours conforme à la réalité.
La méfiance du public porte sur certains vaccins (les nouveaux) et non sur la vaccination en général (la confiance perdure dans les vaccins anciens).
Mais le rôle majeur revient aux médias dont l’influence est bien supérieure à n’importe quelle autorité médicale ou politique !
Il y a lieu d’informer mais il est important de percevoir les signaux d’alerte et de répondre aux questions et aux inquiétudes des gens sans qu’ils aient besoin de se tourner vers des sources internet dont certaines ne réunissent aucun critère de fiabilité.
Il faudrait aussi trouver des solutions aux conflits d’intérêt réels ou présumés et certains préconisent que la recherche sur les médicaments, en particulier les essais cliniques, soit financée par la puissance publique et non par l’industrie.
Le problème est que les maladies infectieuses graves ont disparu, mais elles reviendront si rien de plus n’est fait pour prendre en compte la crainte des vaccins.
(publié le 26 octobre 2011)