Redonnons à la vaccination son juste positionnement

S. Montero interviewé par C. Maillard Le Concours Médical, 2015, vol.137, n°6, pp. 442-443.
L’obligation vaccinale ne concerne plus en France que trois maladies : la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite. Si elle est abrogée, il faudra un soutien actif des autorités sanitaires à la politique vaccinale, faute de quoi le taux de couverture vaccinale s’effondrera et ressurgiront alors ces terribles maladies.
Selon le Baromètre santé 2014 de l’Inpes, 79% des Français de 18 à 75 ans se disent favorables à la vaccination et pourtant la couverture vaccinale reste insuffisante. Cela s’explique par le fait que la vaccination étant efficace, les maladies sont considérées comme disparues et alors à quoi bon se faire vacciner, au risque d’effets secondaires. Il faut quand même admettre que "les vaccins sont très bien tolérés mieux que la plupart des médicaments et la pharmacovigilance est bien organisée."
La réussite de la vaccination se fonde sur trois piliers : le financement, la facilité d’accès et le soutien aux politiques de vaccination. C’est ainsi qu’une unité de temps, de lieu et d’action pour la vaccination est une piste qui éviterait au sujet à vacciner de se disperser entre le médecin, le pharmacien et l’infirmier. La loi de modernisation sociale prévoit la possibilité d’augmenter le nombre de lieux où pourront être réalisés les vaccins, en plus d’autoriser de nouveaux professionnels de santé à les effectuer.
L’information est primordiale et l’attention doit être portée tout particulièrement au Web sur lequel circulent des informations fausses ou farfelues, extrêmement éloignées des réalités scientifiques. Enfin la mise en place d’un registre électronique des vaccins permettrait de connaître le statut vaccinal de chacun de ses patients.
Des innovations sont attendues : recherche active de nouveaux adjuvants, mise au point d’un vaccin contre la dengue, d’un vaccin universel contre toutes les formes de grippe, d’un vaccin qui rétablirait le capital de défense immunitaire des personnes âgées.
La vaccination est un investissement intelligent (elle libère des ressources de santé) et un facteur de croissance économique (une population en bonne santé est plus productive) et la France a dans ce domaine une industrie de pointe qui exporte 90% de sa production. Cette industrie représente de surcroît un intérêt national face au danger des maladies émergentes et du bioterrorisme.
(publié le 31 août 2015)