Vaccination antigrippale
Un coup d’arrêt à dix ans de progrès

interview du pr. B. Lina par S. Cannasse La Revue du Praticien, Médecine Générale, 2011, tome 20, n°826, supplément, pp.21-23
L’épidémie de grippe 2010-2011 a été longue (9 semaines) avec un pic d’activité et un pic d’hospitalisation pendant la dernière semaine de janvier 2011. L’épidémie s’est déroulée en deux vagues, la première débutant dans le nord de la France et attribuée à 40% de A(H1N1) et 8% de A(H3N2a), la seconde plutôt présente dans le sud-est de la France et correspondant à une majorité de virus de type B.
Au total ce sont 2,2 millions de personnes qui ont consulté pour un syndrome grippal et 7 millions qui ont été infectées par un virus influenzae. Le virus A (H1N1) a été la cause de la plupart des hospitalisations liées à la grippe et le nombre de décès est estimé à 250.
Dans les EHPAD (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) , 25% des résidents ont été infectés alors que 81% étaient vaccinés ; mais le personnel soignant ne l’était qu’à 15% ; le taux de décès dans la population de résidents a été de 5 à 6%.
Les polémiques survenues pendant la pandémie grippale ont fait diminuer le taux de vaccination moyen avec une baisse de 15 à 18% du taux de couverture vaccinale par rapport aux années antérieures. Or, le vaccin a fait preuve de sa bonne efficacité et de son innocuité. Les virus antigrippaux y compris ceux contre le virus A(H1N1) sont parmi les plus sûrs des vaccins disponibles avec une efficacité autour de 60 à 70%.
L’objectif en France est de diminuer la mortalité grippale et de réduire les coûts liés à la grippe. Il n’est pas envisageable de vacciner tout le monde (coût excessif) mais les nouvelles recommandations promeuvent l’inclusion de nouveaux groupes à risque : les personnes souffrant d’une pathologie chronique, pulmonaire ou cardiaque, les sujets ayant une immunodépression de même que les femmes enceintes à partir de 2e trimestre de la grossesse et les personnes obèses (IMC ≥ 30).
Les patients victimes de diabète sont éligibles à la vaccination de même que l’entourage des nourrissons de moins de 6 mois atteints de facteurs de risque de grippe grave.
Les médecins généralistes ont un rôle crucial à jouer dans le succès de la campagne de vaccination.
(publié le 26 octobre 2011)