Polémique autour des vaccins : comment agir ?

O. Epaulard La Revue du Praticien, 2017, vol.67, n°1, pp. 17-19. Bibliographie
Si cinq des dix principales causes de mortalité dans les pays en développement sont des maladies infectieuses, elles ne sont que 1 sur 10 dans les pays à haut revenu.
L’explication en est l’utilisation des antibiotiques et des vaccins. Mais La situation est en train de changer. Pour les antibiotiques, leur mésusage crée de grandes difficultés avec l’augmentation des bactéries résistantes qui compliquent le traitement des infections hospitalières. Quant aux vaccins, c’est plutôt une défiance croissante dont les causes sont difficiles à cerner. S’il s’agit d’une minorité qui répand des rumeurs non fondées, cela crée chez au moins 1/3 de la population, "une incertitude à tonalité plutôt négative".
Comment en est-on arrivé là ?
Les arguments avancés : des maladies quasiment disparues (poliomyélite, diphtérie), des maladies supposées rarement graves (rougeole, coqueluche) alors qu’elles sont parfois responsables de drames chez l’adulte ou l’enfant, des vaccinations incomplètement efficaces (vaccin anti-grippal ou vaccin anti-papillomavirus).
C’est sans compter sur la possibilité de cas d’importation, d’épidémies (telle que celle de la rougeole de 2011 qui a occasionné 5 000 hospitalisations, 1 500 pneumonies graves, etc.. et 10 décès ou celles de grippe qui entraînent un excès de mortalité annuelle de 18 000 personnes). De surcroît, il ne faut pas sous estimer le fait que la protection vaccinale n’est pas seulement personnelle mais aussi profitable à la communauté.
Tous les discours sur les menaces que représenteraient les vaccins sont battus en brèche par des études cliniques. Il faut cependant signaler les rares cas liés à la vaccination contre la fièvre jaune, de maladie viscérotrope, surtout chez les sujets vaccinés après 60 ans ou la méningite bénigne après vaccination contre les oreillons qui survient avec une fréquence de 1 sur un à deux millions de vaccinations.
Il faut donc tordre le cou aux idées reçues et s’impliquer dans l’information large auprès du public, à commencer par l’État qui doit "communiquer à destination de la population de façon massive, constante, claire et prolongée sur ce sujet" ; information relayée par les soignants qui seront formés de façon continue.
Ceux qui font courir des accusations mensongères contre les vaccins devraient être poursuivis, tout comme les médecins qui rédigent de faux certificats de vaccination.
L’organisation de la vaccination doit être améliorée et le geste vaccinal facilité et tous les vaccins du calendrier vaccinal sont indispensables, les obligatoires comme les autres.
Le risque de se priver de cet "outil inégalé" qu’est la vaccination est celui d’un "recul sanitaire incommensurable".
(publié le 15 mars 2017)