Arguments pour une possible transmission par voie aérienne du SARS-CoV-2 dans la crise COVID-19

J.F. Gehanno, V. Bonneterre, P. Andujar, J-C. Pairon, C. Paris, A. Petit, C. Verdun-Esquer, Q. Durand-Moreau, P. Brochard Archives des Maladies Professionnelles et de l’Environnement, 2020, vol.81, n°4, pp. 306-315. Références
Lors de la respiration, de la parole ou de la toux, des gouttelettes sont émises dans un jet d’air discontinu et turbulent, provenant du nez et de la bouche. En l’absence de masque, les goutes les plus grosses se déposent sur les surfaces à proximité immédiate de l’émetteur ou plus loin en fonction de la puissance d’émission ou de l’existence d’un flux d’air alors que celles de diamètres plus faible sont emportées dans le flux d’air qui se mélange à l’air ambiant. La traditionnelle distinction entre microgouttelettes de diamètre inférieur à 5µm et gouttelettes de diamètre supérieur à 5µm réputées n’être transportées que sur des distances inférieures à 1 mètre n’est pas fondée.
Des modèles de dispersion du virus, réactualisés et rediscutés depuis le début de l’épidémie ont conclu à une forte probabilité de transmission du SARS-CoV-2 par aérosol. Et la présence de virus dans les exhalaisons a été détectée dans les particules collectées à la fois pour des diamètres supérieurs et inférieurs à 5µm. Le virus SARS-CoV-2 a une survie significative dans l’air avec une demie-vie estimée entre 1,1 et 1,2 heures et de plusieurs heures après dépôt sur des surfaces solides. Mais la détection de matériel génétique viral par RT-PCR ne signifie pas que le virus soit vivant et infectant.
D’autres faits interpellent : les sujets asymptomatiques sont vecteurs de transmission alors qu’ils ne produisent que de fines particules, tandis que les systèmes de climatisation peuvent propager le virus.
Des anesthésistes ont été contaminés dans des blocs opératoires qui bénéficiaient d’un renouvellement d’air, en mesure de diminuer rapidement la charge virale aérienne.
Tout cela alimente la discussion sur le bien-fondé du choix des masques pour le personnel soignant. Mais in fine, la réalité de la protection offerte par les masques chirurgicaux ou les masques FFP2 dépend en fait de nombreux autres facteurs que les caractéristiques filtrantes intrinsèques des masques tels que la durée effective du port ou de l’absence du port du masque, l’adaptation au visage (fuites sur le coté du masque), le port de la barbe ou la fréquence ventilatoire. De nombreuses interrogations subsistent encore.
(publié le 12 novembre 2020)