Antalgiques opioïdes et travail

P. Hache, E. Peris Références en Santé au Travail, 2020, n°164, pp. 87-96. Bibliogaphie
Les opiacés sont des substances dérivées de l’opium.
Les antalgiques opioïdes sont des produits de synthèse parmi lesquels le fentanyl, le tramadol, la buprénorphine et la méthadone.
Le terme "antalgiques opioïdes" regroupe les opiacés et les opioïdes. Ils sont subdivisés en deux catégories : faibles et forts et appartiennent respectivement aux paliers II et III de la classification des antalgiques selon l’OMS.
A l’exception du tramadol, les antalgiques opioïdes sont classés comme stupéfiants.
La consommation mondiale des ces antalgiques a augmenté de 618% entre le début des années 1990 et le début des années 2010.
La France est le 4e pays consommateur. L’usage des antalgiques opioïdes de palier III a augmenté de 37% entre 2006 et 2015 et le nombre d’hospitalisations liées à leur consommation a lui aussi été plus important.
Les antalgiques opioïdes faibles sont indiqués dans les douleurs aiguës modérées à intense après échec des autres antalgiques et dans certaines douleurs chroniques.
Si la douleur est plus intense, les opioïdes forts sont indiqués.
Les effets indésirables sont fréquents, variés et certains peuvent être graves (neuropsychiatriques, gastro-intestinaux, hypoglycémie, hyponatrémie, hépatite cholestatique et syndrome sérotoninergique).
La prescription prolongée de ces antalgiques peut entrainer mésusage et dépendance (1 à 4% des patients), justifiant une attention et un suivi renforcés.
L’overdose est caractérisée par des troubles de la conscience, un myosis bilatéral et une bradycardie. Il existe un antidote : la naloxone administrée par voie intraveineuse ou par voie nasale (le contenu d’un pulvérisateur dans chaque narine) avec dans le même temps, alerte aux secours médicalisés.
L’aptitude à la conduite automobile est très impactée et le sur-risque d’accident routier avec ce type d’antalgiques évolue en fonction de la dose et peut être presque doublé.
Chaque année, 17% de la population générale en consomme.
Une revue de la littérature fait état de 1% de travaileurs dépendants à ces antalgiques, de 0,5% d’anesthésistes-réanimateurs dépendants et de nombreux décès parmi les travailleurs des secteurs de la construction, de l’agriculture et du transport aux USA.
Les motifs de consommation sont les troubles musculosquelettiques, les lombalgies. Des études montrent l’association entre la prescription précoce d’antalgiques opioïdes en lien avec le travail et les difficultés de retour à l’emploi (incapacité de travail plus longue, guérison tardive).
Le stress au travail est aussi un facteur de consommation de ces antalgiques chez les personnels soignants ; mais ils sont rarement consommés seuls et sont fréquemment associés aux boissons alcoolisées et aux autres médicaments psychotropes.
L’équipe pluridisciplinaire de santé au travail s’intéressera à la prévention collective, qui portera sur la prévention des TMS, des lombalgies, des risques psycho-sociaux et de l’usage de l’ensemble des substances psychoactives.
Lors des visites de santé au travail, le salarié sera interrogé sur l’ensemble des substances psychoactives consommées. L’entretien sera l’occasion de délivrer des conseils et en fonction de la pathologie, d’aménager le poste de travail.
(publié le 26 janvier 2021)