Actualités sur les bilharzioses

P. Bourée, F. Bisaro, A. Ensaf La Revue du Praticien, Médecine Générale, vol. 28, n°919, pp. 294-295. Bibliographie
La bilharziose ou plutôt les bilharzioses (6 espèces) sont responsables de l’infestation de 200 000 millions de personnes entraînant le décès de 300 000 d’entre elles.
A la faveur d’un bain en eau contaminée, des larves libérées par des mollusques d’eau douce pénètrent le revêtement cutané, migrent vers le foie où les vers deviennent adultes. Les femelles fécondées atteignent les veines mésentériques puis les plexus hémorroïdaire ou vésical. Si les œufs sont éliminés dans leur grande majorité, par les urines ou les selles, certains restent prisonniers de l’intestin ou de la vessie engendrant des lésions, ou s’embolisent dans les veinules portes intrahépatiques, les poumons, etc...., formant des granulomes. Au fil du temps, l’évolution se fait vers la fibrose (polypes du colon, sténose urétérale, fibrose portale).
Cliniquement, la contamination se manifeste par un prurit et une réaction érythémateuse passagère. Pendant les semaines suivantes, des réactions allergiques surviennent en lien avec la migration des parasites dans l’organisme. A la phase d’état, les symptômes sont fonction de l’espèce et de la localisation : atteinte uro-génitale (hématurie, douleur lombaire, dysurie, pollakiurie, brûlures mictionnelles), atteinte intestinale (diarrhées, douleurs abdominales, épreintes, selles séro-sanglantes, syndrome sub-occlusif).
Les complications sont fréquentes : dilatations ou sténose des des uretères entraînant hydronéphrose, coliques néphrétiques, envahissement des organes génitaux chez l’homme (orchite, épididymite, prostatite) et la femme (grossesse extra-utérine, stérilité), fibrose périportale évoluant vers l’hypertension portale (ascite, varices œsophagiennes, infestation des poumons (provoquant HTAP évoluant vers insuffisance ventriculaire droite), granulomes dans la moelle épinière (myélite transverse ou compression médullaire).
Le diagnostic est établi sur les examens parasitologiques des selles et des urines. Des examens complémentaires sont parfois nécessaires (biopsie de la muqueuse rectale, sérologie, abdomen sans préparation, cystoscopie).
Le traitement (praziquantel) est efficace (prise orale unique). En zone d’endémie, le traitement serait à préconiser soit pour toute la population, soit pour les groupes à risques. Il n’existe pas de vaccin.
La prévention suppose d’éviter les bains en eau douce (à défaut se sécher vigoureusement en sortant de l’eau) et pour les populations vivant en zone endémique : construction de latrines en en expliquant l’usage, utilisation de mollusquicides mais souvent toxiques pour l’environnement, construction et entretien de canaux cimentés pour l’irrigation, élevage de canards ou de poissons friands des mollusques contaminants.
(publié le 6 mai 2014)