Dengue, fièvre jaune et autres arboviroses

P. Dussart, R. Cesaire, A. Sall Encyclopédie Médico-Chirurgicale, EMC, Elsevier Masson SAS, Issy-les-Moulineaux, Maladies Infectieuses, 2012, vol.2, 8-062-A-10, 24 pages
Cet important article très documenté traite des arboviroses qui présentent un intérêt majeur en termes de santé publique ou de potentiel émergea nt dans le monde mais également en France métropolitaine ou dans les territoires ultra-marins.
Les arbovirus "sont des virus transmis à un hôte récepteur par un arthropode hématophage : moustique, tique, phlébotome ou Culicoides. Ces virus se multiplient dans l’arthropode vecteur avant d’être transmis à un hôte vertébré. Le virus est ainsi entretenu dans le milieu naturel grâce à un cycle permanent entre le vecteur et l’hôte".
La dengue est au premier plan. C’est la principale arbovirose dans le monde. Elle touche toute la zone intertropicale et le nombre de cas augmente inexorablement. On dénombre 25 000 décès annuels principalement chez les enfants. La maladie se présente sous des formes asymptomatiques, des formes bénignes d’évolution favorable et des formes sévères (hémorragiques avec ou sans syndrome de choc pouvant entraîner la mort). Le diagnostic biologique fait appel à la détection du virus, de son génome ou d’antigènes viraux, constituant le diagnostic direct réservé au stade précoce de la maladie. La prise en charge est symptomatique (antalgiques et antipyrétiques sauf salicylés). Plusieurs candidats-vaccins sont au stade d’essais cliniques.
La fièvre jaune est endémique dans les milieux tropicaux d’Afrique et d’Amérique du Sud avec 200 000 cas annuels et 30 000 décès. Plus de 90% des cas touchent l’Afrique. Les signes cliniques de la maladie ne sont pas spécifiques et peuvent faire évoquer d’autres pathologies fréquentes en zone d’endémie amarile. Le diagnostic direct passe par l’isolement du virus, le diagnostic indirect repose sur la présence d’anticorps IgM spécifiques. Il n’existe pas de traitement curatif de la maladie. Les formes graves s’amélioreront en unités de soins intensifs qui sont rarement disponibles dans les pays d’endémie. Le vaccin vivant atténué est le meilleur rempart contre ce virus ; il est obligatoire pour l’entrée dans certains pays.
Trois flavivirus engendrent chez l’homme des atteintes neurologiques de type méningoencéphalite : les virus West Nile (WNV), de l’encéphalite japonaise (EJ) et de l’encéphalite à tiques (TBEV).
Le cycle naturel du WNV fait intervenir des moustiques et des oiseaux.
L’homme, le cheval et les autres grands mammifères sont des hôtes accidentels et constituent des impasses épidémiologiques. L’inoculation à l’homme par le moustique est de très loin prépondérante, mais il existe d’autres modes de transmission (transfusion sanguine, greffe d’organe, passage transplacentaire, allaitement). 80% des infections à MNV sont asymptomatiques. Dans 20% des cas, il existe un syndrome pseudogrippal ; les atteintes viscérales sont très rares, les complications neurologiques se rencontrent chez moins de 1% des sujets infectés. Le traitement est symptomatique. Il existe un vaccin pour le cheval mais pas pour l’homme.
Le virus de l’EJ est entretenu dans le milieu extérieur par les oiseaux, et l’hôte intermédiaire est le porc. La maladie est transmise par des moustiques du genre Culex qui piquent à la tombée de la nuit et au petit matin et leur piqûre est douloureuse. Ils sont très présents dans les rizières inondées. La distribution géographique de l’encéphalite japonaise s’étend de l’Asie à l’Océanie en incluant le sous-continent indien. Elle est responsable de 50 000 cas par an et de plus de 10 000 décès annuels. Les symptômes sont une fièvre souvent élevée et un syndrome méningé (2/3 encéphalites ou méningoencéphalites et 1/3 méningites de meilleur pronostic). Il n’existe pas de traitement antiviral spécifique mais un vaccin qui nécessite deux injections espacées de 28 jours.
L’encéphalite à tiques sévit de façon endémique en Europe et touche l’Est de la France. Les personnes les plus concernées sont les chasseurs, agriculteurs, campeurs, travailleurs forestiers et promeneurs surtout entre mai et octobre avec des pics durant l’été. L’incidence de cette maladie a beaucoup augmenté depuis 2007 en raison de la prolifération des petits mammifères et des tiques pendant les hivers plus cléments. Après une morsure de tique infectée, la maladie évolue en deux phases : un syndrome pseudogrippal puis une méningoencéphalite observée dans 20 à 30% des cas. La sévérité de la maladie augmente avec l’âge. Aucun traitement spécifique n’est disponible. Il existe deux vaccins Ticovac®et Encepur® à débuter pendant l’hiver pour obtenir une immunisation au printemps, dès le début de la période d’activité des tiques.
Le virus chikungunya s’étend à toute l’Afrique subsaharienne et à l’Asie du Sud-Est. En 2005 apparaît une épidémie aux Comores qui se propage à l’île de La Réunion et à Mayotte contaminant 280 000 personnes. Une épidémie semblable paraît peu probable en France mais il est plausible qu’il y ait dans les années à venir une épidémie de Chikungunya en France (pourtour méditerranéen). La clinique associe fièvre élevée et polyarthralgies plus ou moins sévères ou invalidantes localisées aux extrémités. S’y ajoutent céphalées, exanthème maculopapuleux sur le thorax, mais il existe de nombreuses formes asymptomatiques. Le traitement est symptomatique. Un candidat vaccin chimérique alphavirus et un vaccin inactivé adjuvé sont actuellement à l’étude.
La fièvre de la vallée du Rift est une zoonose majeure qui affecte essentiellement les ruminants et provoque des avortements chez les femelles gravides et une surmortalité chez les jeunes animaux. Chez l’homme, elle est généralement asymptomatique mais peut se caractériser par un syndrome fébrile bénin ou des syndromes sévères pouvant entraîner des séquelles majeures, voire le décès. C’est un fléau économique et de santé publique et vétérinaire principalement en Afrique. Cette affection connaît une recrudescence ; elle est apparue hors d’Afrique il y a une dizaine d’années (Arabie saoudite, Yémen, Mayotte). Le traitement est symptomatique. Il n’existe pas de vaccin humain commercialisé, même si un vaccin a été développé par l’armée américaine (efficace, bien toléré mais cher à produire). Il existe un vaccin vivant atténué destiné au bétail. En outre, plusieurs vaccins vivants atténués expérimentaux sont en cours d’évaluation. En matière de prévention, Il faut ajouter la lutte antivectorielle et la protection des hommes par moustiquaires ou pulvérisations d’insecticides.
(publié le 18 octobre 2012)