Drépanocytose : le médecin du travail, relais essentiel dans l’information et la prise en charge

D. Bachir, F. Zemirline, A. Niakate, E. Cabaret, F. Galactéros Archives des maladies professionnelles et de l’environnement, 2015, vol.76, n°4, pp.373-387. Bibliographie
La drépanocytose est une maladie héréditaire de l’hémoglobine liée à la présence d’une Hb anormale S (de l’anglais Sickle, faucille), remplaçant l’hémoglobine normale A (HbA).
La maladie est largement répandue dans le monde et du fait des migrations de population, la drépanocytose est devenue un problème de santé publique en France : avec 400 naissances, elle est la plus fréquente des maladies génétiques dépistée en néo-natal et plus de 15 000 patients sont recensés. Cela veut dire que les médecins du travail seront de plus en plus amenés à rencontrer dans leur parcours professionnel, des patients atteints de drépanocytose.
La maladie drépanocytaire est paroxystique et imprévisible. "La symptomatologie clinique combine différentes composantes de manière variable selon les génotypes, les individus et l’histoire de chaque patient : une anémie hémolytique chronique, un risque infectieux par asplénie fonctionnelle, un fond permanent de vaso-occlusion dont les poussées génèrent des lésions ischémiques tissulaires, la part la plus bruyante se manifestant par des crises vaso-occlusives paroxystiques, une vasculopathie artérielle sténosante des gros troncs cérébraux n’affectant de façon délétère qu’une minorité de patients". En avançant en âge, le sujet drépanocytaire est exposé à de nombreuses complications chroniques impliquant une prise en charge multidisciplinaire et l’espérance de vie est estimée à plus de 50 ans.
Les salariés signalent rarement leur maladie à l’embauche (de crainte d’être déclarés inaptes) d’autant qu’en dehors des crises douloureuses souvent violentes, la maladie passe inaperçue. Or les crises douloureuses sont souvent déclenchées par les contraintes physiques liées au travail (trajets longs, horaires variables ou travail de nuit, exposition au froid, écarts de température, défaut d’hydratation, efforts physiques intenses, altitude de plus de 1500 m ou voyages en avion de plus de 6 heures) mais aussi le stress, la grossesse ou une infection même banale.
L’évaluation des risques pour ce salarié drépanocytaire doit se faire en concertation avec le spécialiste de la maladie.
Les interdits professionnels concernent essentiellement les métiers en rapport avec l’aéronautique (pilotes d’avion et personnel navigant) et à un moindre degré, les métiers peu qualifiés qui cumulent plusieurs facteurs de risque (pénibilité physique et travail à l’extérieur comme les travailleurs du bâtiment ou d’entretien)" ; mais le travail en milieu de soins n’est pas contre-indiqué chez le malade atteint de syndrome drépanocytaire majeur (SDA).
Il est important de ne pas avoir d’a priori restrictif et d’inaptitude mais d’informer le patient des risques potentiels dans le cadre de son activité professionnelle.
Mais souvent la maladie est révélée au médecin du travail par la douleur aiguë de survenue brutale au travail, qui selon son intensité nécessite le recours aux antalgiques de palier II, à l’avis du spécialiste de référence, voire à une hospitalisation devant tout facteur de gravité.
Au moins une fois dans sa vie, le patient drépanocytaire aura besoin d’une transfusion, et la majorité d’entre-eux, d’origine afro-antillaise présentent des caractéristiques imuno-hématologiques particulières. Les besoins étant importants et les ressources pauvres, il faut encourager les personnes issues des populations concernées par la drépanocytose à donner régulièrement leur sang.
Les patients symptomatiques seront encouragés à demander la reconnaissance de travailleur handicapé (RQTH) même s’ils ne la font pas valoir.
" Une relation de confiance doit s’établir entre le patient-salarié et le médecin du travail, qui devient l’interlocuteur privilégié pour proposer un réaménagement de poste, la mise en place d’une aide sociale en cas d’inaptitude temporaire ou définitive". Il est important de privilégier au maximum le maintien des personnes drépanocytaires au travail, essentiel pour leur autonomie et leur qualité de vie.
(publié le 24 septembre 2015)