Fibryomalgie et psychiatrie : 35 ans plus tard ... Quoi de neuf ?

P-A. Geoffroy, A. Amad, C. Gangloff, P. Thomas La Presse Médicale, 2012, vol.41, n°5, pp.455-465. Bibliographie

La fibromyalgie (FM) se définit comme un "syndrome polyalgique d’évolution chronique médicalement inexpliqué, dont l’origine est multifactorielle".
Cette maladie concerne 2 à 5% de la population et apparaît donc comme "la maladie douloureuse diffuse chronique la plus fréquente", avec une prédominance féminine très nette : 3,4% contre 0,6% chez les hommes.
Le fibromyalgique connaît une grande errance médicale et consulte un médecin en moyenne 10 fois par an (spécialiste de la douleur, rhumatologue, etc.). Il s’ensuit un coût important pour la collectivité.
La maladie se caractérise par :

  • des douleurs diffuses et intenses, durant plus de trois mois, majorées par le froid, la fatigue, le stress, à localisations vertébrales et rhizoméliques, dans les deux hémicorps ;
  • des points douloureux à la palpation (au moins 11 points douloureux dits "points gâchette", siégeant au niveau des insertions tendineuses) ;
  • des signes associés fréquents : troubles du sommeil, asthénie avec recrudescence matinale, fatigabilité musculaire, troubles digestifs fonctionnels, céphalées, syndrome de la vessie irritable, troubles dépressifs et anxieux (ces derniers dans la proportion de 20 à 80% contre 3% dans la population générale).
    L’examen somatique révèle un bon état général, une intégrité osseuse et articulaire, l’absence de trouble neurologique, une force musculaire conservée, l’absence d’amyotrophie, d’œdème et de raideur.

La FM pourrait être une maladie du traumatisme psychique. Il est important d’identifier chez ces patients, les éléments de stress extérieur constituant de potentiels facteurs déclenchants : traumatismes psychiques, évènements de vie, stress professionnel, stress post-traumatique. S’y ajoutent des facteurs prédisposants personnels : personnalité hypocondriaque, dépressive ou hystérique, associée à une faible estime de soi, une relation de dépendance, une passivité, une victimisation.
Certains auteurs classent la FM dans les troubles de l’humeur.
La question qui se pose est la suivante : la douleur est-elle une cause ou une conséquence ? Il est impossible de répondre à cette question.
La prise en charge sera multidisciplinaire permettant d ’agir sur la composante psychique et physique du patient mêlant éducation du patient, thérapie cognitivo-comportementale, exercice, thérapie physique et pharmacothérapie. Actuellement les inhibiteurs de la sérotonine et de la noradrénaline (milnacipran et duloxétine) et les antiépileptiques (prégabaline) sont les médicaments les plus efficaces disponibles pour traiter la FM.

(publié le 14 juin 2012)