La ciguatéra

E. Dehler, J. Bouchut La Presse Médicale, 2014, vol.43, n°9, pp. 902-911. Bibliographie
La ciguatéra est une intoxication répandue dans les régions coralliennes du Pacifique, de l’océan Indien et des Caraïbes mais elle n’est pas exceptionnelle dans les pays hors zones endémiques en raison du transport commercial de poissons tropicaux destinés à la consommation et des perturbations environnementales dont le réchauffement climatique.
L’intoxication ciguarétique fait suite à l’ingestion de poissons coralliens eux-mêmes contaminés par une microalgue toxique (Gambierdiscus toxicus).
108 pays sont concernés, ce qui représente 850 millions de personnes vivant à moins de 30 km du récif et bénéficiant de ses ressources.
50 000 personnes sont intoxiquées chaque année et il s’agit de la plus fréquente des intoxications par produits de la mer avec l’intoxication histaminique.
Le tableau clinique est variable et totalement aspécifique. Le diagnostic sera envisagé en cas de symptômes digestifs (douleurs abdominales diffuses, diarrhées le plus souvent aqueuses, vomissements) et neurologiques (paresthésies du visage, des extrémités ou péri-anales, dysesthésies au froid mais aussi céphalées, vertiges ou étourdissements, ataxie cérébelleuse, hallucinations visuelles ou auditives, exceptionnellement troubles de la déglutition et de la conscience) dans les suites immédiates de la consommation d’un poisson corallien.
Sont fréquemment rencontrés : le prurit des paumes des mains et des plantes des pieds, aggravé par ingestion d’alcool ou exercice physqiue, parfois myalgies.
Les symptômes cardiovasculaires ne sont pas systématiquement présents mais sont un indicateur de sévérité (bradycardie sinusale).
Plus le délai d’apparition des symptômes est long, plus le tableau est grave.
Des formes chroniques se développent chez 5% des patients (asthénie, douleur chronique, prurit) de même que des phénomènes de résurgence à l’occasion de consommation de poissons a priori non ciguatoxiques.
Il n’existe pas de test permettant d’établir un diagnostic certain de ciguatéra, en dehors de l’examen des restes de poisson.
Si le diagnostic est aisé dans les régions confrontées à cette intoxication, le problème est tout autre chez les médecins qui y sont rarement confrontés, ce qui est source de retards diagnostiques et de dépenses importantes.
L’évolution est généralement bénigne et seuls 5% des cas nécessitent une hospitalisation (6 jours en moyenne).
Le traitement est essentiellement symptomatique (volumes importants de solutés isotoniques, antihistaminiques, antisécrétoires et ralentisseurs du transit, antiémétiques, antispasmodiques selon le tableau clinique). Les amines vasopressives seront utilisées chez un patient en état de choc hypovolémique. Une bradycardie peut nécessiter du sulfate d’atropine, efficace aussi sur les spasmes abdominaux, les nausées ou les vomissements.
De nouveaux traitements encore en phase expérimentale laissent entrevoir de réels espoirs.
(publié le 19 janvier 2015)