La dengue : une infection émergente chez le voyageur

F. Méchaï, O. Bouchaud La Revue du Praticien, 2011, vol.61, n°6, pp. 755-759
L’incidence de la dengue est en constante augmentation (50 à 100 millions de cas par an et environ 2,5 milliards de personnes à risque d’infection).
Le principal vecteur est Aedes aegypti bien adapté à l’environnement urbain et humain. Il se reproduit facilement dans les petites collections d’eau péridomestiques. Il est le plus actif une à deux heures après le lever du soleil et une à deux heures avant son coucher. Il pullule en saison des pluies.
Primitivement cantonnée à l’Asie, la dengue a pris une ampleur exceptionnelle du fait de l’explosion des moyens de communication. La dengue existe maintenant dans les îles du Pacifique, les Caraïbes, l’Amérique Centrale et du Sud, l’Australie, l’Afrique et la Chine. Parallèlement, sont apparues des formes graves de la maladie (500 000 cas par an), entrainant une mortalité de 10 à 15% en l’absence de prise en charge en réanimation principalement chez les enfants.
Il existe 4 sérotypes différents du virus de la dengue, chacun procurant une immunité durable mais sans immunité croisée avec les trois autres sérotypes.
La dengue peut être asymptomatique ou se manifester par une simple fièvre de durée brève cédant spontanément. L’incubation est courte (2 à 8 jours).
La forme classique comporte un syndrome pseudo-grippal et des douleurs rétro-orbitaires accompagnées parfois d’un exanthème au bout de 2 à 3 jours, contemporain d’une reprise fébrile après une apparente rémission. Des manifestations hémorragiques modérées peuvent exister ; la rémission est spontanée mais persiste une asthénie intense et des arthromyalgies pendant plusieurs mois.
Les formes sévères sont marquées par une aggravation de l’état clinique, des signes hémorragiques parfois intenses, une altération de la conscience, des signes digestifs sévères et une défaillance viscérale pouvant conduire au décès.
Le tableau manquant de spécificité, le diagnostic est essentiellement biologique : lymphopénie, neutropénie et surtout thrombopénie ; cytolyse hépatique, détection du génome viral par polymerase chain reaction (PCR), test rapide antigénique NS1 disponible en France depuis peu (possibilité de faux négatifs), sérologie avec identification des immunoglobulines M puis G.
Le traitement est symptomatique (repos, hydratation, paracétamol). Dans les formes sévères, une hospitalisation est souhaitable et le remplissage vasculaire est la base du traitement.
Un vaccin pourrait être disponible vers 2015-2016.
La seule prévention reste la réduction de la pullulation des moustiques au contact de la population, (suppression des collections d’eau péridomestiques et campagnes de démoustication) et pour le touriste, l’utilisation de répulsifs dans la journée et notamment en fin d’après-midi.
(publié le 29 juillet 2011)