Maladie à virus Ebola (MVE)

I. Balty, M-C. Bayeux-Dunglas Références en Santé au Travail, 2015, n°141, pp 83-93. Bibliographie

La maladie à virus Ebola est connue depuis 1976 mais le nombre de décès restait limité (1 500 jusqu’à 2013) notamment face à la mortalité liée au paludisme dans le monde (estimée à 600 000 morts par an).
L’épidémie qui sévit actuellement est de grande ampleur (plus de 23 000 cas au 20 février 2015, occasionnant 9 400 décès dont font partie 500 professionnels de santé).
Elle a touché préférentiellement la Guinée, le Liberia et la Sierra Léone.
Le virus n’est pas présent naturellement en Europe et les 13 cas rapatriés en Europe depuis le début de l’épidémie sont des soignants ayant pris en charge des patients infectés en Afrique de l’Ouest.

Le virus responsable est un Filovirus à ARN enveloppé, dont il existe cinq espèces. Celle mise en cause dans cette épidémie est la souche Zaïre.
Ce virus est sensible à la plupart des désinfectants à condition de respecter le temps de contact. Ce virus survivrait dans le milieu extérieur plusieurs jours dans un liquide ou une matière sèche.
Les chauves-souris frugivores sont le réservoir de virus.
Bien que non malades, elles contaminent les animaux de brousse. L’homme est infecté lors du dépeçage ou de la consommation de ces animaux.
La contamination se fait ensuite d’homme à homme
, à partir d’un individu infecté symptomatique, par contact direct avec le sang ou les liquides biologiques, y compris le sperme et le lait maternel.
Le virus pénètre par voie muqueuse (conjonctivale, buccale) ou par effraction cutanée (blessure, piqûre avec une seringue contaminée, contact avec la peau lésée). Il n’y a pas de transmission par voie aérienne.

La phase d’incubation dure entre 2 et 21 jours et tant qu’il n’y a pas de symptômes, il n’y a pas de contamination.
La maladie se manifeste par des symptômes non spécifiques de type pseudo-grippaux qui durent de 3 à 5 jours. La maladie peut guérir rapidement (forme résolutive) ou être suivie d’une deuxième phase marquée par une diarrhée, des vomissements, une éruption cutanée et dans 1/3 des cas, des manifestations hémorragiques. La létalité estimée est de l’ordre de 70% et les deux facteurs associés à la mortalité sont l’âge supérieur à 40 ans et la charge virale.
La prévention de la transmission du virus Ebola repose sur des règles d’hygiène strictes, la précocité de l’identification et la prise en charge spécialisée des patients.
Quelles que soient les circonstances, la découverte d’un cas suspect doit conduire à l’isoler, à éviter de le toucher et à appeler le SAMU pour une évaluation qui sera faite en coordination avec l’Institut de veille sanitaire et l’Agence régionale de santé.

Le médecin du travail doit repérer les situations professionnelles susceptibles d’être à risque et les risques d’exposition de ces travailleurs, puis mettre en place des procédures à suivre devant un cas suspect, en fonction de la situation de l’entreprise, au cas par cas.
Il informera sur l’épidémie en cours et formera au port des EPI.
Une conduite à tenir sera établie en cas d’accident avec exposition au sang ou à d’autres liquides biologiques.

Dans les établissements recevant du public, il convient d’évaluer localement le risque spécifique d’être confronté à des personnes susceptibles de revenir des zones à risque. Les personnes appelées à intervenir auprès de ces voyageurs seront formées et informées.
Il est important d’avoir déterminé à l’avance la pièce où le malade pourra être isolé et les personnes qui auront à intervenir.
Même s’il existe un service de santé au travail sur place, aucune intervention directe du médecin du travail ou de l’infirmière du travail sur le cas suspect ne doit se faire sauf sur le conseil du SAMU et si une tenue de protection adéquate est à disposition.

Sont ensuite détaillées les prises en charge des cas suspects en cabinet de ville, aux urgences d’un hôpital non formé spécifiquement à la prise en charge de ces patients, et la prise en charge d’un cas possible ou confirmé en établissement de santé de référence (ESR).
Le suivi des sujets exposés se fera en fonction du statut du cas index. Le suivi des personnes contact est coordonné par l’InVS.
Les personnes se déplaçant pour raison impérative dans les zones à risque consulteront régulièrement le site du ministère des Affaire étrangères et celui de l’OMS.
Pendant le séjour sur place, il conviendra de suivre les recommandations du ministère chargé de la santé et en cas d’apparition de fièvre supérieure ou égale à 38°C, de contacter immédiatement les services de l’ambassade sur place ainsi qu’un médecin.

(publié le 9 avril 2015)