Retravailler après un AVC

P. Pradat-Diehl, A. Peskine Le Concours Médical, 2009,vol.131, n°16,P.635-637

Un quart des accidents vasculaires cérébraux (AVC) surviennent avant 65 ans, c’est à dire chez des personnes en âge d’exercer une activité professionnelle.
S’il est évident que les AVC sévères (avec séquelles, perte d’autonomie au décours de l’accident et hospitalisation en rééducation), ont un mauvais pronostic de reprise d’activité professionnelle, il peut y avoir des difficultés de retour à l’emploi même dans les cas initialement peu sévères.
Selon une étude grenobloise portant sur un groupe de 84 patients de moins de 65 ans, avec des séquelles neurologiques limitées et une apparente récupération fonctionnelle, seuls la moitié des patients ont retrouvé un emploi (à temps plein ou à temps partiel) dans un délai de 6 mois, et près de 2/3 des patients se plaignent de difficultés de fonctionnement au travail et dans les activités sociales, ces activités étant corrélées à la sévérité initiale, aux fonctions cognitives et à un score de dépression.
Une étude néozélandaise portant sur 210 patients montre que la moitié des patients ont repris une activité professionnelle à 6 mois dont 16% avec des séquelles sévères ayant justifié un séjour en rééducation.
Il est important d’évaluer les séquelles neurologiques : séquelles motrices gênantes dans une profession manuelle, ou handicapantes pour l’autonomie par le biais de la difficulté à utiliser les transports, les séquelles cognitives (concernant le langage oral ou écrit, le calcul, l’attention, la mémoire, la prise d’initiatives, la gestion des contraintes de temps), les séquelles en termes de déficit et de retentissement sur la vie personnelle et professionnelle.
Il est important aussi d’évaluer les facteurs environnementaux.
La reprise de travail peut s’organiser sur le mode du mi-temps thérapeutique pendant un temps limité (3 à 6 mois, renouvelable 1 fois et 1 an au maximum). Le mi-temps peut se poursuivre ensuite dans le cadre d’un temps partiel et d’une invalidité de première catégorie qui compense partiellement la perte de revenus.
La collaboration doit être étroite entre le médecin du travail, l’assistance sociale, le médecin spécialisé en médecine physique et réadaptation, la commission des droits et de l’autonomie des personnes de la Maison départementale des personnes handicapées.
Parallèlement, la non reprise doit être aussi accompagnée, car elle est souvent "vécue comme une perte très violente sur le plan personnel et comporte un risque d’exclusion sociale ".

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(publié le 19 février 2010)