Risque d’imprégnation par le plomb lors d’usage quotidien de khôl

M. Kervegant, M. Glaizal, L. Tichadou, M. Hayek-Lanthois, L. de Haro La Presse Médicale, 2012, vol.41, n°2, pp.203-204
Le saturnisme chez les adultes est le plus souvent en lien avec une exposition professionnelle au plomb. Il existe cependant d’autres sources possibles de contamination telles que les expositions à la vaisselle libérant du plomb dans les aliments, le matériel de pêche ou de chasse, l’activité de tir, la poterie mais aussi certaines médecines traditionnelles chinoises ou indiennes de type ayurvédique.
Il est rapporté ici l’observation d’une femme de 39 ans sans antécédent particulier qui a été exposée 20 ans plus tôt à de l’acétate de plomb pour réaliser des analyses de vin.
Une analyse demandée par un médecin du travail 20 ans plus tard a montré une concentration sanguine de 240 µgPb/l en 2009 puis de 280 µgPb/l en 2011 sans retrouver d’exposition professionnelle au plomb. Des plombémies croissantes sur un suivi de 3 ans ont interpellé le médecin qui a prospecté dans l’environnement et qui a émis l’hypothèse d’une imprégnation au plomb par un usage à long terme de khôl. En effet, cette femme se maquille quotidiennement les yeux avec cette poudre noire, depuis l’âge de 20 ans, khôl acheté généralement au Maroc mais plus récemment dans une boutique de Marseille. Pour confirmer cette hypothèse, le khôl utilisé a été analysé par spectrométrie d’absorption atomique. Ce produit contenait plus 80% de plomb ainsi que des traces d’arsenic et de mercure.
Ces substances cosmétiques étant interdites en France, cette source de contamination est généralement méconnue du corps médical français.
(publié le 12 avril 2012)