Tuberculose et santé au travail

P. Tattevin, C. Carcelain, A. Fournier, F. Antoun, S. Quelet, E. Bouvet, D. Abiteboul, M-C. Bayeux-Dunglas Références en santé au Travail, 2012, n°132, pp. 15-31. Bibliographie

La tuberculose reste un problème de santé publique en France, bien que le pays soit une zone de faible prévalence. 5 500 nouveaux cas sont déclarés en France chaque année depuis 2004 et la vaccination n’est plus "que recommandée" pour les enfants les plus exposés depuis 2007. Cependant, l’obligation de vaccination persiste pour les professionnels et étudiants des carrières sanitaires et sociales.
En effet, certains métiers restent à risque ; ils concernent notamment les personnels de santé chez qui l’incidence de la tuberculose maladie (TM) est estimée de 12 à 15 cas pour 100 000 personnes (8,1 cas pour 100 000 en population générale), les personnels du milieu pénitentiaire ou des foyers de migrants.
La tuberculose fait suite à l’inhalation de particules infectieuses émises par un patient-source atteint de tuberculose pulmonaire ou laryngée. Le taux de patients infectés est de 50% en cas de patient source bacillifère versus 5% en cas de patient atteint de tuberculose documentée mais ne présentant pas de BAAR (bacille acido-alcoolo-résistant) à l’examen direct.
Les formes cliniques sont la primo-infection tuberculeuse, l’infection tuberculeuse latente et la tuberculose maladie. Les personnes atteintes d’une infection tuberculeuse latente ne sont pas contagieuses.
Le médecin du travail évaluera les risques et proposera une surveillance médicale adaptée. Les professionnels de santé bénéficieront à l’embauche d’un examen clinique de référence, d’une radiographie pulmonaire et d’une IDR. En cours d’activité professionnelle, la surveillance sera fonction du niveau de risque du secteur concerné.
Les tests IGRA (Interferon-Gamma Release Assays), tests in vitro de sécrétion d’interféron, ont une meilleure spécificité que l’IDR chez des personnels vaccinés voire revaccinés à l’âge adulte par le BCG. Leur utilisation peut se poser dans 3 circonstances :

  • lors d’une visite d’embauche si l’IDR est > 5 mm,
  • pour la surveillance des personnes exposées dans les services à risque
  • et lors d’une enquête autour d’un cas.

La prise en charge d’un personnel ayant un test IGRA positif dépend du caractère ancien ou récent de l’infection et de l’existence ou non d’une immunodépression.
Les indications de traitement sont formelles en cas de tuberculose-maladie.
Les enquêtes autour des cas de tuberculose en milieu professionnel hors milieu de soins sont l’une des stratégies essentielles de la lutte antituberculeuse des pays développés à faible incidence de tuberculose. Elles supposent :

  • le signalement du cas de tuberculose maladie (déclaration au centre de lutte antituberculeuse -CLAT- du département du domicile du cas en même temps qu’à l’agence régionale de santé -ARS-) ;
  • l’identification des sujets contact à dépister autour du cas, en fonction de la contagiosité du cas, du contact entre le cas index et chaque personne de son entourage, et du risque accru d’évolution vers la TM en cas d’infection.

La coordination est dès lors indispensable entre le CLAT qui évalue la contagiosité du cas index et le médecin du travail concerné "afin de définir au mieux les personnes répondant aux critères d’identification d’un sujet contact et d’organiser le suivi approprié".

(publié le 19 février 2013)