Vivre avec le VIH : premiers résultats de l’enquête ANRS-Vespa2

F. M Lert, S. Danet, H. Therre Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire, BEH, 2013, n°26-27, pp.283-324

Cet article propose de caractériser l’état de santé de la population vivant avec le VIH (PVVIH) et suivie à l’hôpital en France dans ses différentes dimensions, mais aussi ses aspects sociaux, économiques et comportementaux, à partir des résultats de l’enquête Vespa2 (Enquête sur les personnes atteintes) effectuée en 2011 et faisant suite à une première enquête en 2003.

La population infectée suivie à l’hôpital se répartit en 39,1% d’hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH), 10,9% d’usagers de drogues par injection (UDI), 23,7% de personnes immigrées originaires d’Afrique subsaharienne et 26,3% d’autres patients. Par rapport à 2003, on observe une augmentation de la proportion de femmes, une stabilité de la proportion d’HSH, une forte baisse des UDI, un doublement de la part des immigrés d’Afrique subsaharienne.
L’ancienneté du diagnostic est en moyenne de 12 ans avec des différences marquées selon les groupes.
Plus de 9 patients sur 10 reçoivent un traitement antirétroviral en 2011 ; parmi les personnes traitées, 56,7% ont plus de 500 CD4/mm3 et 88,5% ont une charge virale contrôlée au seuil de 50 copies/ml, soit des paramètres en net progrès par rapport à 2003.
Les comorbidités retrouvées chez les sujets vivant avec le VIH sont les infections par le VHC (16,4% des PVVIH sont coinfectées, dont près de 2/3 est porteur d’une infection à VHC chronique), les hyperlipidémies, les hypertensions, les épisodes dépressifs majeurs.
L’état de santé des patients est perçu comme excellent ou très bon par 25,8% des patients et mauvais ou médiocre par 12,3%.
Près de la moitié de cette population vit en Île-de-France, et notamment les immigrés d’Afrique subsaharienne.
L’âge médian est de 48 ans et 13,3% ont 60 ans ou plus. Plus de la moitié des personnes séropositives sont employés ou ouvriers. Près de la moitié des personnes vivent seules ou en famille monoparentale.
Chez les moins de 60 ans, 58,5% travaillent, 13,0% sont en recherche d’emploi, 19,4% en invalidité. La proportion d’allocataires de minima sociaux est restée globalement stable et 8,7% des moins de 60 ans perçoivent une pension d’invalidité de la sécurité sociale ou d’un autre organisme. Les difficultés financières sont devenues plus fréquentes par rapport à 2003.
Près de 9 personnes sur 10 ont un logement personnel et les propriétaires ont augmenté dans une proportion de 3% par rapport à 2003.
Ces caractéristiques diffèrent fortement selon les groupes socio-démographiques, avec des conditions de vie particulièrement difficiles pour les personnes infectées par usage de drogue et pour les malades originaires d’Afrique subsaharienne.
En ce qui concerne les Antilles, la Guyane, les Antilles et la Réunion, les indicateurs sociaux sont marqués par de faibles taux d’activité, des revenus faibles, des niveaux élevés de restrictions alimentaires par manque d’argent. Il est fréquent aux Antilles et en Guyane de taire la maladie aux proches mais la proportion des personnes traitées a fortement augmenté depuis 2003, et si les traitements ont permis une amélioration de l’état de santé, la proportion de charge virale non contrôlée est plus élevée qu’en métropole.
En 2011, 71% des PVVIH se déclarent sexuellement actifs. L’utilisation non-systématique du préservatif est significativement plus fréquente chez les femmes que chez les hommes et plus fréquente dans les couples séroconcordants que dans les couples sérodiscordants.

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(publié le 14 octobre 2013)