Borréliose de Lyme et autres maladies transmises par les tiques

E. Courrier, H. De Valk Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire, BEH, 2018, n°19, pp. 379-427. Références
La médiatisation de la borréliose de Lyme (BL) et les nombreux débats et controverses à propos de cette maladie justifient un numéro entier du BEH consacré à cette pathologie.
Ce numéro "rassemble les données scientifiques françaises les plus actualisées en matière de surveillance épidémiologique et vectorielle ; il apporte par ailleurs des données récentes sur les comportements des Français face à l’exposition à risque et aux piqûres de tiques, éléments fondamentaux pour les stratégies de prévention ".
Sur le plan épidémiologique, la surveillance de cette BL a été mise en place en 2009 par le réseau Sentinelles et montre une augmentation des cas vus en consultation de médecine générale en 2016, au niveau général mais principalement dans l’Est et le Centre de la France, sans toutefois d’incidence sur les hospitalisations.
95% présentaient un érythème migrant (la forme la plus bénigne).
La tranche d’âge la plus impactée est celle des 60-70 ans (pratique de la randonnée pédestre parmi les jeunes retraités ?).
Dans le cadre des missions du Centre national de référence (CNR) des Borrelia, une surveillance est particulièrement active en Alsace. Elle a permis de noter la forte densité en tiques associées à la présence d’agents pathogènes transmissibles à l’homme, significativement plus élevée que dans le reste de la France, mais avec des caractères similaires à ce qui se passe ailleurs. Les résultats plaident pour que les actions de prévention ciblent toutes les activité de plein air car la forêt ne représente que 56% de l’exposition à risque, les jardins et les prairies offrant aussi des possibilités de piqûre.
La place et les limites du diagnostic biologique sont abordées et ont leur importance compte tenu des débats actuels. Les résultats de la sérologie doivent toujours être interprétés en fonction d’arguments cliniques, épidémiologiques et biologiques. Une sérologie positive n’est pas suffisante pour poser le diagnostic. A contrario, une sérologie négative n’exclut pas le diagnostic (par exemple si effectuée au stade de l’érythème migrant).
En 2016, un module spécifique sur les pratiques de prévention et de la connaissance de la BL a été intégré au Baromère santé (enquête aléatoire réalisée par téléphone entre janvier et août 2016 auprès de plus de 15 000 personnes). Cette enquête a mis en évidence qu’une proportion non négligeable de la population a déjà été piquée et se sent exposée avec néanmoins, un niveau d’informations sur la BL très hétérogène sur le territoire. Dans le cadre du "Plan national de lutte contre la maladie de Lyme et les maladies transmissibles par les tiques", Santé Publique France a été chargée d’élaborer des outils d’information et de prévention sur ces maladies. Ces outils sont disponibles sur le site de Santé Publique France.
Ce panorama permet de faire le point sur un certain nombre de difficultés qui peuvent entraîner des dérives et des dangers de prise en charge médicales alternatives avec des sérologies répétées et de multiples cures prolongées d’antibiotiques dont la logique de prescription n’est fondée sur aucune donnée probante. Il est urgent de rétablir un véritable terrain de confiance entre les personnes déclarant souffrir de SPPT (sémiologie persistante polymorphe après morsure de tique) et les acteurs sanitaires et sociaux en s’appuyant sur des faits scientifiques.
(publié le 10 août 2018)