Dermatoses et envenimations marines

J-J. Morand La Revue du Praticien, Médecine Générale, 2018, vol.32, n°1003, pp. 463-468. Références

Cet article attire l’attention sur les manifestations cutanéo-muqueuses déclenchées, aggravées ou favorisées par l’eau (urticaire aquagénique, prurit aquagénique, ou kératodermie palmo-plantaire aquagénique) et les infections ou envenimations en milieu marin, plus fréquentes en milieu tropical .
Il en est ainsi de

  • La folliculite à Pseudomonas aeruginosa liée à un germe opportuniste de la flore cutanée. Elle est secondaire à la fréquentation de piscines chauffées, de bains à remous ou sous pression, de saunas ou au port de tenues de plongée sous-marine mal nettoyées et insuffisamment séchées ou aux massage effectuées dans des conditions non rigoureuses d’asepsie ; le traitement repose sur l’utilisation de savons antiseptiques et l’antibiothérapie ne sera pas systématique (risque de sélection de résistances) ;
  • La dermatite des baigneurs provoquée en mer tropicale durant la période printanière de reproduction asexuée des cnidaires (anémones, méduses, coraux) par bourgeonnement et segmentation. Ces bourgeons libèrent des toxines venimeuses qui s’accumulent sous les zones couvertes et induisent une réaction mi-urticariforme, mi eczématiforme. Le traitement associe l’application d’émollients, de dermocorticoïdes et la prise d’antihistaminiques. La prévention repose sur l’évitement de la baignade aux saisons de reproduction des cnidaires, le port d’un maillot deux-pièces qui sera rincé immédiatement après le bain.
  • Les envenimations marines dont les premières responsables sont
    • Les méduses dont les tentacules comportent des filaments équipés de nématocytes qui à la faveur d’une stimulation par contact libèrent un harpon prolongé d’un filament barbelé qui blesse la peau et permet l’injection du venin.
      Les symptômes sont selon les espèces des douleurs intenses, parfois syncopales, à type de brûlure, de cuisson ou de décharge électrique, des signes généraux, des détresses respiratoires avec laryngospasme, un œdème aigu du poumon, des troubles du rythme, un collapsus avec risque de noyade. Il existe pour certaines espèces (cuboméduses) en Australie un sérum antivenimeux.
      L’érythème est suivie de papules blanchâtres prurigineuses laissant la place à des zones de nécrose ou des lésions pigmentaires définitives.
    • Les anémones de mer, éponges et coraux dont le contact peut être allergisant et dont les blessures cicatrisent difficilement. Le traitement, associe désinfection, application de vinaigre ou de citron, dermocorticoïdes, antihistaminiques.
    • Les oursins dont les épines peuvent s’incruster profondément dan la peau voire dans les articulations et créer granulomes ou suppurations bactériennes.
    • Les cônes dont le dard projeté à plusieurs centimètres entraîne un œdème local très douloureux suivi dune paralysie musculaire, puis respiratoire et d’une perte de conscience pouvant provoquer la noyade.
    • Les poissons qui possèdent des aiguillons reliés à une glande à venin entraînent une douleur immédiate, irradiant dans tout le membre atteint, accompagnée d’érythème et d’œdème. Les blessures de rascasses sont abondamment hémorragiques. Celles de vives évoluent vers la nécrose, celles de raies pastenagues communes obligent à l’exérèse chirurgicale du dard qui persiste dans la peau. Celles de murènes entraient des plaies délabrantes avec des complications septiques ou hémorragiques.
    • Les serpents marins sont généralement peu agressifs envers l’homme et fort heureusement car leur venin est de 2 à 10 fois plus puissant que celui du cobra.

La prévention est importante : ne pas se baigner seul sous les Tropiques et ne pas marcher pieds nus sur les plages ou au niveau des récifs, respecter les interdictions de baignades, et les recommandations lors des plongées ou des parties de pêche.

(publié le 10 août 2018)