Diagnostic, surveillance et épidémiologie de la leptospirose en france

P. Bourhy, A. Septfons, M. Picardeau Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire, BEH, 2017, n°8-9, pp. 129-175. Bibliographie.

Un numéro spécial du BEH est consacré à la leptospirose, qui représente la zoonose la plus répandue dans le monde (1 million de cas et 600 000 décès par an). C’est une maladie émergente en Europe et notamment en France, où en 2014-2015, il a été noté un doublement du nombre de cas, par rapport aux années précédentes (600 cas en métropole et 700 cas dans les départements et collectivités d’outre mer).
Ce numéro présente la situation en France métropolitaine mais aussi dans les collectivités d’Outre-mer.
Tous les mammifères sont susceptibles d’héberger les leptospires pathogènes.
La transmission est essentiellement environnementale. L’animal porteur excrète dans ses urines des leptospires qui contaminent l’environnement hydrique.
Le diagnostic est souvent tardif car après une période d’incubation d’une dizaine de jours, la symptomatologie est très polymorphe, depuis la forme fébrile anictérique (la plus fréquente) à une défaillance multiviscérale potentiellement mortelle. Pour éviter les formes graves, l’antibiothérapie (béta-lactamines et cyclines) doit être administrée précocement. La confusion est fréquente avec la grippe, le paludisme, la dengue ou le chikungunya.
Dans les pays industrialisés des zones tempérées, la leptospirose touche essentiellement certaines catégories de travailleurs (agriculteurs, éleveurs, égoutiers, pisciculteurs) et adeptes de loisirs en plein air (baignade, pêche, rafting, canyoning) par contact avec les eaux douces souillées par les urines d’animaux infectés. Dans les régions tropicales des départements et collectivités d’Outre-mer, la population est plus largement exposée.
Il existe un vaccin nécessitant un rappel tous les deux ans mais ne protégeant pas contre tous les sérovars.
Le diagnostic repose sur la PCR et la sérologie Elisa IgM. Le développement de tests de diagnostic rapide permettra de mettre à disposition un test fiable et utilisable facilement dans les pays en développement où le test de référence n’est pas disponible.
La maladie n’est plus à déclaration obligatoire et la surveillance de la leptospirose est basée sur l’activité diagnostique du Centre National de référence, CNR (4 000 échantillons annuels), l’analyse des données des laboratoires privés qui réalisent la majorité des diagnostics biologiques et des partenariats entre le CNR et les professionnels de la santé animale. Des systèmes de surveillance spécifique existent sans les départements d’Outre-mer.
La France a une incidence très élevée (entre 0,5 et 1 cas /an/100 000 habitants), par rapport à d’autres pays industrialisés.

Suivent des articles sur la leptospirose dans les départements d’Outre-mer, où l’incidence est 10 à 50 fois plus élevée qu’en métropole, avec une majorité des cas en saison des pluies.

A la Réunion, la leptospirose reste un problème de santé publique avec 611 cas rapportés de 2004 à 2015 (6 cas pour 100 000 habitants) en raison de sa gravité (létalité annuelle moyenne de 3%). 20% des cas sont d’origine professionnelle. Les sérogroupes identifiés appartiennent en majorité au groupe Icterohaemorrhagiae et les sujets exposés pourraient bénéficier de la vaccination.
A Mayotte, l’incidence annuelle moyenne est de 47 cas pour 100 000 habitants avec des cas rapportés toute l’année mais majoritairement en saison des pluies. Si la morbidité est élevée, les formes graves sont rares. 4 cas sur 10 sont liés à des expositions professionnelles ; les autres cas sont liés à des pratiques de jardinage et d’élevage à domicile, à des loisirs en eau douce ainsi qu’à la marche pieds nus ou sans chaussures fermées.

Les données générées par la Guadeloupe et Mayotte suggèrent que les rats ne soient pas les seuls animaux impliqués dans la transmission de la maladie et la question du rôle des chiens (notamment le nombre considérable de chiens errants) est posée.

En Martinique, le nombre de cas est en diminution ces dernières années, vraisemblablement en lien avec les épidémies de dengue, de chikungunya et de zika qui ont concentré l’essentiel de l’attention de la communauté médicale.

En Guyane, si la situation a été stable entre 1996 et 2012, variant de 6 à 18 cas selon les années, une augmentation importante a été notée de 2013 à 2015 avec respectivement 36, 92 et 67 car par an. 16% étaient des cas graves et il y a eu trois décès.
L’absence d’outils diagnostiques rapidement disponibles dans la région, la méconnaissance des cliniciens de cette pathologie et la présence de pathologies à symptomatologie voisine en font une maladie négligée dans cette région du monde.

Au total, la leptospirose est considérée comme une maladie émergente en raison du changement climatique et de l’urbanisation grandissante. Elle est endémique dans de nombreux départements d’Outre-mer.

(publié le 6 juin 2017)