L’hépatite E

J. Van Den Broucke, V. De Lédinghen Le Généraliste, 2017, n°2803, pp. 20-22. Bibliographie
L’hépatite E n’est pas l’apanage des pays en voie de développement. Elle sévit aussi dans de nombreux pays industrialisés. Si les génotypes VHE-1 et VEH-2 prédominent dans les pays en voie de développement et sont strictement humains, les génotypes VEH-3 et VEH-4 prédominent dans les pays industrialisés (les pays occidentaux pour le VHE-3 et l’Extrême-Orient et la Chine pour le VHE-4) et circulent chez l’homme mais aussi chez différentes espèces animales dont le porc, le sanglier, les cervidés, le lapin. Les génotypes VHE-5 et VHE-6 infectent le sanglier et le chameau.
Dans les pays en voie de développement, la contamination se fait par ingestion d’eau contaminée notamment en saison des pluies. La transmission mère-enfant en particulier lorsqu’elle se situe au 3e trimestre de la grossesse, est responsable d’une importante mortalité tant pour la mère que pour le fœtus.
Dans les pays industrialisés, la contamination se fait par contact direct avec les animaux infectés et la consommation de viande crue ou insuffisamment cuite d’animaux contaminés ou par l’environnement (eaux de rivière, fruits rouges, salades, fruits de mer).
En France, la séroprévalence des IgG anti-VHE est de 22% (variant de 8 à 26% selon les départements). 2 300 hépatites E symptomatiques sont rapportées par an mais le nombre annuel d’hépatites E symptomatiques ou non serait supérieur à 100 000. Les produits à base de foie cru de porc (figatelli, saucisse de foie) sont responsables de la majorité des cas. Par contre les produits cuits à cœur ne sont pas à risque vis-à-vis de l’hépatite E.
L’incubation est de 2 à 6 semaines.
Les formes symptomatiques (les moins fréquentes) ont les mêmes caractéristiques que les autres hépatites virales. Des manifestations extra-hépatiques (atteintes neurologiques, pancréatite, glomérulonéphrite ou manifestations hématologiques) existent.
L’évolution est favorable en 3 à 5 semaines. La gravité de l’infection au dernier trimestre de la grossesse est spécifique des VHE-1 et 2.
Le diagnostic repose sur la détection des anticorps sériques spécifiques de type IgM (présents de 2 mois après le contage jusqu’à environ 5 mois). La PCR permet de connaître le génotype viral.
Avec les VHE-3 et VHE-4, existe le risque d’hépatopathies chroniques (présence d’ARN viral pendant plus de 6 mois) essentiellement chez les immunodéprimés (risque estimé entre 47 et 83%).
Il n’existe pas de traitement spécifique.
L’immunité protectrice après hépatite E ne durerait que de quelques semaines à 14 ans. Un vaccin est disponible en Chine depuis 2012 (Hecolin®),mais non homologué dans les autres pays, en raison de quatre interrogations persistantes en ce qui concerne l’immunogénicité, l’efficacité, la durée de protection post-vaccinale et l’innocuité.
(publié le 31 octobre 2017)