L’infection à cytomégalovirus : où en est-on ?

D. Abiteboul Références en Santé au Travail, 2020, n°161, pp. 97-106. Bibliographie
L’infection à cytomégalovirus (CMV) est principalement acquise dans la petite enfance (les enfants s’infectent dans les 6 mois suivant l’arrivée en crèche et les charges virales les plus élevées se retrouvent chez les moins de 18 mois). Sa prévalence en France est voisine de 50%. La primo-infection reste inapparente dans 90% des cas chez l’enfant et l’adulte immunocompétent. Elle se manifeste dans 10% des cas par un syndrome pseudo grippal. Les complications sont très rares.
Par contre, la maladie est préoccupante pour les immunodéprimés (existence de formes sévères) et les femmes enceintes en raison du risque de surdité encouru par le fœtus en cas d’infection in utero.
Les infections congénitales à CMV surviennent après primo-infection maternelle mais aussi après infection secondaire (réinfection ou réactivation).
Les principaux facteurs de risque de primo-infection CMV chez les femmes enceintes sont la séronégativité de la mère, la présence au foyer d’un enfant de moins de 3 ans, surtout s’il est gardé en collectivité, un bas niveau socio-économique et la séropositivité du conjoint.
12 à 20% des jeunes enfants en bonne santé excrètent du CMV dans la salive ou les urines et un enfant de moins de deux ans atteint d’une infection à CMV, mais asymptomatique excrète le virus pendant 18 mois en moyenne.
4 enfants sur 5 nés infectés seront normaux et n’auront aucune séquelle ; certains nouveau-nés sont symptomatiques à la naissance (13%) dont la moitié présente une atteinte disséminée (responsable d’une mortalité élevée ou de séquelles neurosensorielles). Les enfants infectés naissant asymptomatiques pourront développer des séquelles dont les plus fréquentes sont des surdités souvent bilatérales qui peuvent n’apparaitre que plusieurs mois ou années après la naissance (délai de 44 mois).
Un diagnostic anténatal peut être réalisé en cas d’infection maternelle survenant pendant la première moitié de grossesse et/ou du fait de l’existence de signes échographiques suspects. Mais il n’existe pas de traitement validé de la femme enceinte visant à minimiser la transmission et la gravité de l’atteinte fœtale.
La prévention repose essentiellement sur les mesures d’hygiène, surtout lors de l’exposition aux liquides biologiques (urines, salive) d’un enfant de moins de 3 ans infecté.
Le dépistage sérologique systématique de l’infection à CMV chez la femme enceinte reste non recommandé. Seul est préconisé un dépistage sur des signes cliniques chez la mère ou en raison de la découverte d’anomalies échographiques compatibles.
En milieu professionnel, les personnes à risque sont les personnels des crèches et à un moindre degré, des haltes garderies, les personnes affectées à des tâches de nettoyage et le travail en maternité.
Par contre, il n’a pas été noté de sur risque chez les infirmières de pédiatrie et de services d’immunodéprimés (respect strict des gestes "barrière"), mais un sur risque chez les auxiliaires de puéricultrice travaillant à l’hôpital.
En milieu professionnel, les femmes en âge de procréer (quel que soit leur statut vis-à-vis du CMV) travaillant au contact de jeunes enfants et tout particulièrement en crèches) doivent être informées sur la gravité de l’infection et sur les moyens de s’en protéger.
Les avis sont partagés concernant l’éviction temporaire des femmes enceintes travaillant au contact d’enfants, mais en France, certains services de santé au travail proposent aux femmes concernées, d’occuper préférentiellement les postes en contact avec les enfants de la plus grande section.
(publié le 23 juin 2020)