Risques infectieux sous anti-TNF

V. Guilloton, D. Dupas, C. Cozic, T. Guimard, G. Cormier Références en santé au travail, 2016, n°148, pp.45-56. Bibliographie
Les anti-TNF alpha (inhibiteurs du facteur de nécrose tumorale) sont de plus en plus prescrits chez les patients atteints de pathologies graves et invalidantes (notamment la polyarthrite rhumatoïde, les spondylarthrites, le psoriasis ou les maladies chroniques de l’intestin) dont certains sont en activité professionnelle.
Les anti-TNF alpha constituent un facteur de risque infectieux majeur. Il est noté une augmentation significative de la tuberculose et de légionellose sous anti-TNF alpha.
Avant l’instauration d’un tel traitement, un bilan pré-thérapeutique est indispensable afin de rechercher d’éventuelles pathologies tumorales ou infectieuses. les vaccins seront mis à jour avant l’instauration du traitement et les vaccinations contre la grippe et le pneumocoque sont fortement recommandées.
L’analyse des cas de légionellose professionnelle publiés dans la littérature montre la diversité des professionnels concernés, qu’il s’agisse de personnes exposées aux réseaux d’eau chaude sanitaire (douches, bains bouillonnants, ballons d’eau chaude, appareils individuels d’humidification, équipements de thérapie respiratoire, bains à remous, etc.), aux tours aéroréfrigérantes, et à beaucoup d’autres réservoirs potentiels tels que les systèmes de refroidissement industriels, les manipulations de boues de stations d’épuration, l’eau irriguant les instruments rotatifs des cabinets dentaires, les terreaux et composts.
Une revue de la littérature permet de conclure que le risque de contracter une légionellose est 13,1 fois plus important pour un sujet sous anti-TNF alpha que pour la population générale.
Si le médecin du travail repère des salariés exposés et traités par anti-TNF alpha, il devra informer des risques infectieux au poste de travail et des moyens de prévention. Il devra lors de sa décisions médicale, s’interroger sur la balance bénéfice/risques entre l’importance du maintien dans l’emploi et le risque lié au traitement. Il s’assurera que les vaccinations sont à jour et prendra contact avec le médecin traitant avec l’accord du salarié en cas de survenue d’un épisode infectieux.
D’autres infections opportunistes peuvent être contractées sur le lieu de travail (tuberculose, diverses viroses pour les professionnels de la petite enfance, et pathologies type aspergillose, cryptococcose, salmonellose ou listériose pour les travailleurs du secteur agricole).
Malgré l’absence d’argument pour un sur-risque de lymphomes ou cancers cutanés, il est nécessaire d’être vigilant et de se poser la question de l’exposition de ces patients aux produits, cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction.
Une contre-indication aux tâches les plus exposantes pourra être prononcée si les mesures de prévention sont insuffisantes.
Ces problématiques liés à l’exposition professionnelle posées par les risques infectieux "doivent attirer l’attention des médecins du travail et sont une raison supplémentaire de renforcer les liens avec les médecins prescripteurs".
(publié le 7 mars 2017)