Agir pour la santé des "travailleurs vulnérables" : expérimentation d’un partenariat entre services de santé au travail et centre d’examens de santé de l’assurance maladie (PREMTES)

E. Labbe, J-J. Moulin, L. Fontana, B. Charbotel, M. Moulin, C. Sass, L. Gerbaud Archives des Maladies Professionnelles et de l’Environnement, 2012, vol.73, n°2, pp. 127-137. Bibliographie.
Le développement des situations d’instabilité professionnelle, la fragilisation des liens sociaux, le sentiment de disqualification et l’incertitude sur l’avenir, les difficultés économiques renforcent le processus de désinsertion professionnelle et se répercutent sur la santé, qui une fois dégradée, peut devenir un frein à la résinsertion professionnelle.
Un partenariat nommé PREMTES (prévention, médecine du travail, examens de santé) a été expérimenté entre les centres d’examens de santé (CES) et les services de santé au travail (SST) afin d’offrir aux "salariés vulnérables" repérés par les médecins des SST, un bilan de prévention.
Les "salariés vulnérables" ont été identifiés à l’aide d’un questionnaire comportant le score EPICES, score individuel de précarité reposant sur 11 questions binaires oui/non. Ont également été sollicités pour bénéficier de cet examen de santé, les salariés présentant des situations individuelles défavorables selon l’appréciation du médecin du travail.
32 SST (interentreprises, autonomes, hôpitaux) et 192 médecins du travail de dix régions françaises ont participé. 15 692 salariés ont rempli le questionnaire et 27,2% d’entre eux, soit 4 272 ont été identifiés comme "vulnérables". Près de la moitié d’entre eux (49%) ont accepté de passer le bilan.
Les résultats montrent que que les risques de santé dégradée sont élevés et statistiquement significatifs pour la plupart des indicateurs étudiés : indicateurs de comportements à risque, de non recours aux soins, de mauvaise santé perçue, de morbidité clinique et biologique. Les OR les plus élevés sont pour le tabagisme élevé, pour le non suivi gynécologique, pour le non recours au dentiste, pour le mauvais état buccodentaire, pour la perception négative de la santé, pour l’obésité, pour le diabète et pour l’anémie. Cet état de santé dégradé des "travailleurs vulnérables" est similaire à ce qui avait été constaté dans des populations de chômeurs.
Les "travailleurs vulnérables" sont plus présents dans les secteurs du bâtiment, du commerce de détail, de l’hôtellerie, de la restauration, des services aux particuliers, du ménage à domicile, de l’entretien et du nettoyage industriel (proportions variant de 29% à 64%).
L’enquête qualitative de satisfaction qui a concerné 524 salariés, 201 personnels de SST et 111 personnes des CES est très positive. Mais un certain nombre de salariés en très courte durée d’emploi ont échappé à cette expérimentation ; il en résulte que l’approche de ces populations nécessite selon les auteurs, de concevoir d’autres types de partenariats.
(publié le 24 août 2012)