Alerte sur les bactéries multirésistantes
Recommandations sanitaires aux voyageurs

H. Joubert Le Généraliste, 2012, n°2609, pp.11-15
Les spécialistes des maladies du voyage s’inquiètent de l’augmentation du nombre de patients porteurs de bactéries multirésistantes (BMR).
On sait déjà depuis longtemps que les bactéries rencontrées dans les régions Sud du globe sont plus résistantes que celles des Pays du Nord.
Cela tient au fait que les antibiotiques sont très consommés dans certains pays (Chine et Inde) et ce, sans prescription médicale et que la production des génériques y est massive.
Le problème est que l’on ne dispose actuellement que d’une ou deux familles d’antibiotiques pour traiter les patients porteurs des BMR dans le cadre d’infections banales, fréquentes et communautaires (colibacilles principalement).
Deux vagues épidémiques de bactéries Gram négatif multirésistantes ont déjà inquiété le monde médical.
L’une en 2006 concernait principalement les entérobactéries qui secrètent des BLSE (bêta-lactamases à spectre élargi) qui confèrent des résistances à presque tous les antibiotiques sauf aux carbapénèmes ; l’autre en 2010 qui concernait des entérobactéries qui produisent des carbapénèmases contre lesquelles nous sommes démunis.
Ces bactéries ont été isolées d’abord dans les pays du Sud ; mais la dissémination est devenue mondiale par l’intermédiaire des voyageurs, des animaux ou de la nourriture.
Les pays pourvoyeurs de ces entérobactéries secrétrices de carbapénèmases sont la Grèce pour 1/3, l’Afrique du Nord pour 1/3 et les autres pays tels que les USA, l’Inde et l’Afrique noire pour le dernier tiers.
Pour certaines destinations, jusqu’à 50% des voyageurs apparemment sains, peuvent avoir un tractus digestif colonisé par les BMR. Le risque est que le sujet contamine ses voies urinaires avec une BMR du tube digestif.
Le portage sain de BMR serait compris entre quelques semaines et plusieurs mois.
Les personnes concernées sont les "touristes médicaux" qui ont choisi une intervention à l’étranger pour motif économique et les patients hospitalisés à l’étranger suite à un accident ou une pathologie aiguë dans un pays tropical ou du Bassin méditerranéen. Devenus porteurs au niveau digestif de ces BMR et hospitalisés en France, ils peuvent être à l’origine d’épidémie hospitalière.
Dès 2008, le dépistage du portage intestinal par "écouvillonnage" rectal est pratiqué dans les hôpitaux de l’AP-HP dans l’objectif d’un isolement strict du cas-source.
Globalement, la discipline concernant les antibiotiques prescrits systématiquement avant un départ en voyage " au cas où".... devrait être stricte et la prescription limitée à un séjour prolongé en situation isolée ou dans un pays à ressources locales faibles, après avoir informé le patient des conditions restreintes d’utilisation.
(publié le 4 juillet 2012)