Conduite automobile, vieillissement cognitif et maladie d’Alzheimer

C. Fabrigoule, S. Lafont La Presse Médicale, 2015, vol.44, n°10, pp. 1034-1041. Bibliographie
La conduite automobile est une activité très complexe cognitivement, car elle sollicite fortement les processus d’attention et de prise de décision, notamment dans certaines situations d’urgence. Avec l’avancée en âge, il existe un ralentissement de la vitesse de traitement des informations et en cas de pathologies cérébrales, des troubles des fonctions exécutives apparaissent en particulier des troubles de flexibilité mentale et de planification.
Les conducteurs âgés sont cependant des conducteurs experts qui ont acquis des routines de haut niveau leur permettant de gérer automatiquement la plupart des situations routières habituelles. Le problème est dans les situations complexes où les ressources cognitives peuvent être insuffisantes pour gérer la situation, ce qui peut générer un accident.
Les conducteurs âgés sont moins souvent impliqués dans les accidents que les plus jeunes mais ont une accidentabilité plus importante au kilomètre parcouru. Les personnes âgées qu’elles soient automobilistes ou piétonnes ont une grande mortalité expliquée en grande partie par leur fragilité physique.
Plusieurs études montrent que des stratégies de régulation de la conduite sont fréquentes chez les conducteurs ayant des déficits cognitifs avérés mais que certains néanmoins présentant une démence, surestiment leurs possibilités et méritent d’être accompagnés dans l’arrêt de la conduite.
Le médecin traitant a une obligation de conseil et d’information auprès de ses patients mais il est un peu démuni car la liste des contre indications médicales à la conduite est peu informative. De plus, il ne dispose pas d’outil cognitif validé lui permettant d’apprécier les répercussions éventuelles des troubles cognitifs sur l’aptitude à la conduite. Mais il existe des tests fournissant des renseignements sur la vitesse de traitement de l’information, sur les automatismes ou les erreurs de persévération, l’auto-estimation par le patient de ses déficits ou sur l’existence d’une régulation de la conduite adaptée ou pas aux difficultés.
Le médecin aura la difficile tâche d’inciter quand il le jugera utile, à l’abandon de la conduite, en tenant compte de la place que tient la voiture dans les activités des personnes afin de maintenir les animations créées par les loisirs et l’équilibre du réseau social.
(publié le 14 janvier 2016)