Conseils médicaux aux voyageurs

S. Jauréguiberry, E. Caumes Encyclopédie Médico-Chrurgicale, EMC, Elsevier-Masson SAS, Issy-les-Moulineaux, 2013, vol.10, n°2, 8-006-P-10, 12 pages

Cet article très documenté mérite d’être lu en totalité par tous ceux qui reçoivent en consultation des voyageurs avant leur départ.
Il est impossible de le résumer tant les informations sont riches ; nous ne ferons que mettre en exergue les points fondamentaux.
Les personnes qui partent en voyage craignent en premier lieu les pathologies infectieuses tropicales. Elles ne sont désormais responsables que de 1 à 3% des causes de rapatriement sanitaire ou de décès (ces bons résultats étant imputables à la prévention).
15 à 70% des voyageurs sont malades et les principales pathologies sont la diarrhée, les affections des voies aériennes supérieures, les dermatoses et les infections systémiques. Mais vont croissant, les maladies non infectieuses : dermatoses solaires, piqûres d’arthropodes, mal d’altitude, mal des transports, accidents et blessures, pathologies psychiatriques.
Les décès en voyage sont dus à des accidents cardiovasculaires (49%), un accident de la voie publique (7%), une noyade (4%), d’autres accidents (12%), une infection (1 à 3% selon les études) ; 25% sont d’origine inconnue (meurtre, suicide, ...).

Les principales pathologies auxquelles sont exposées le voyageur sont

  • à transmission vectorielle : les vecteurs sont des arthropodes (moustiques, mouches, mouches, tiques) qui transmettent virus, bactéries, parasites mais induisent aussi des lésions cutanées d’origine allergique, venimeuse ou inflammatoire. Le paludisme est le plus à craindre. Les arboviroses sont plus d’une centaine ; certaines peuvent être prévenues par la vaccination (fièvre jaune, encéphalite japonaise, encéphalite à tiques), et d’autres non et sont en pleine expansion (dengue, chikungunya, fièvre de West Nile). Les arthropodes transmettent aussi des parasitoses telles les leishmanioses, les filarioses , les trypanosomoses, mais aussi des maladies bactériennes (peste, bartonelloses, richkettsioses, borrélioses) ;
  • à transmission féco-orale dont la plus fréquente est la diarrhée du voyageur, mais il peut s’agir aussi de fièvre typhoïde (de plus en plus de souches résistent à l’acide nalidixique en Asie), de choléra, d’hépatites A ou E, de poliomyélite, de parasitoses intestinales ;
  • à transmission sexuelle (hépatite B, infection par le VIH) et autres infections sexuellement transmissibles ;
  • à transmission sanguine : hépatite B, hépatite C, infection par le VIH ;
  • à pénétration transcutanée par contact avec eau douce, marche sur le sol, (penser au tétanos) ;
  • par morsure et inoculation animale ;
  • par transmission aérienne notamment la grippe qui toucherait 1% des voyageurs par mois de voyage mais aussi les maladies cosmopolites (diphtérie, méningococcie, pneumococcie, tuberculose, rougeole, etc.) ;
  • par transmission nosocomiale.

La prévention repose simplement pour les maladies infectieuses sur le tryptique : vaccinations, chimioprophylaxie, règles hygiéno-diététiques.

Une attention particulière sera portée aux personnes âgées (un bilan de santé est souhaitable avant le départ, une maladie non chronique non équilibrée étant la seule contre-indication au voyage, à côté d’autres contre-indications plus relatives : antécédents de chutes récentes, accident ischémique, pré-démence ..), aux femmes enceintes et aux jeunes enfants.
Il faudra s’assurer que la couverture vaccinale du voyageur est adéquate, en lui prescrivant les vaccinations obligatoires, les vaccinations recommandées, voire hépatite B, typhoïde, méningococcies (vaccin tétravalent), rage, encéphalite japonaise, encéphalite à tiques, tuberculose selon les circonstances.
Les conseils d’hygiène porteront sur les conditions de voyage, le transport aérien, l’acclimatement (décalage horaire, conditions climatiques, altitude), la nutrition (aliments et boissons), l’hygiène corporelle, le soleil, la baignade, les nuisances telles que arthropodes et animaux, les infections sexuellement transmissibles.
Une chimioprophylaxie sera proposée vis-à-vis du paludisme, adaptée au pays d’accueil et à la durée du voyage. Le traitement présomptif sera discuté en situation isolée.
Une chimioprophylaxie pourra être prescrite en prévention de la diarrhée et pour des séjours de courte durée, chez les patients fragiles vis-à-vis d’une déperdition liquidienne (traitement en cours par digitaliques, diurétiques ou antiarythmiques), les patients achlorhydriques et ceux présentant une colite inflammatoire chronique ; mais aussi chez les diabétiques insulino-dépendants, les personnes atteintes de sida et ceux pour lesquels une diarrhée est inacceptable : hommes d’affaires, sportifs (ciprofloxacine 500 mg/jour débutée le jour de l’arrivée et poursuivie jusqu’à deux jours après le retour sans dépasser trois semaines, après avoir prévenu le voyageur du risque de photosensibilisation).
La pharmacie de voyage sera constituée en fonction des antécédents médicaux, des chimioprophylaxies envisagées et des différents problèmes médicaux que le voyageur aura à résoudre. Les médicaments seront emportés en quantité suffisante (attention aux contrefaçons dans de nombreux pays) et répartis entre bagage à main et bagage de soute.
Il reste dorénavant à "diminuer la mortalité liée aux accidents de la voie publique et aux noyades qui sont les principales causes évitables de décès en voyage."

(publié le 30 septembre 2013)