Etude risque-bénéfice de l’usage des aldéhydes comme désinfectants à l’hôpital

P. Hartemann, N. Lopez, T. Eikmann, A. Kramer Hygiènes, 2010, vol.18, n° 5, pp.323-328. Bibliographie
Compte tenu de son large spectre d’activité et des ses excellentes qualités antimicrobiennes, le formaldéhyde a été mis en œuvre dans de nombreuses applications. Classé par le Centre International de recherche sur le cancer (CIRC) comme carcinogène certain, il a été abandonné pour tous les usages pour lesquels des substitutions sont possibles et des mesures drastiques de protection du personnel ont été instaurées pour ceux qui continuent à l’utiliser.
Le glutaraldéhyde a montré dès 1962 une efficacité supérieure à celle du formaldéhyde et le développement de l’usage de cette molécule pour la désinfection des surfaces et des instruments a donc été très rapide. Cependant, ce glutaraldéhyde possède un pouvoir sensibilisant cutané très supérieur à celui du formaldéhyde ; sa toxicité aiguë est environ 60 fois supérieure à celle du formaldéhyde ; c’est un facteur d’asthme. Il est mutagène dans le test de Ames, mais négatif par voir orale et respiratoire chez le rat et la souris. Il n’est probablement pas cancérogène pour l’homme ni tératogène.
Le glyoxal est également bactéricide, sporicide et virucide mais à des concentrations supérieures aux molécules précédentes. Son atout principal est l’absence d’évaporation à partir de solutions liquides donc une absence de risque par inhalation. Néanmoins, il est toxique par métabolisation, sensibilisant, mutagène et pourrait être classé cancérogène possible pour l’homme par le CIRC.
On s’aperçoit qu’en milieu hospitalier, la valeur considérée comme sans risque de 0,1 ppm pour l’air intérieur en milieu général est dépassée quasi systématiquement lors de la désinfection des surfaces avec un produit contenant du formaldéhyde. Il doit donc être réservé à des indications particulières où son efficacité est nécessaire.
La mesure du glutaraldéhyde dans l’aire de voisinage des machines de désinfection des endoscopes est assez rassurante mais les valeurs limites ont été parfois retrouvées. Le patient peut lui aussi être exposé au travers de résidus présents sur le matériel après traitement ; l’acide peracétique vient de remplacer le glutaraldéhyde dans cette indication.
L’évolution des connaissances et des consciences fait apparaitre que globalement les aldéhydes sont en situation assez défavorable. Les aldéhydes sont retrouvés dans les effluents liquides hospitaliers, ce qui est mauvais pour l’environnement ; mais ils restent indiqués pour éviter la dissémination d’un certain nombre de micro-organismes particulièrement dangereux. Il est probable que l’on se dirige vers un hôpital "aldehyde free" mais les alternatives ne sont pas toujours sans danger. Ainsi, l’acide peracétique est un toxique respiratoire, mutagène in vitro et in vitro, corrosif pour le matériel. Mais il ne semble pas accumulable dans l’environnement.
Des recherches sont en cours pour développer des molécules à base de peroxydes dans les indications de sporicidie.
(publié le 16 mars 2011)