Hyperacousie : mise au point pour le médecin du travail

L. Coates, V. Loche, H. Laborde-Castérot Archives des Maladies Professionnelles et de l’Environnement, 2015, vol.76, n°6, pp.597-607. Bibliographie
L’absence de consensus sur la définition de l’hyperacousie engendre des confusions.
L’hyperacousie serait une diminution de la tolérance pour les bruits environnementaux ordinaires, dont l’expression clinique varie d’un sujet à l’autre : inconfort, douleurs, gêne ou peur.
Elle constitue aujourd’hui une entité clinique inscrite dans la Classification internationale des maladies.
Le diagnostic d’hyperacousie est clinique. Une méthode dite "objective" utilise l’audiogramme et le diagnostic est porté lorsque le seuil d’inconfort auditif est abaissé, généralement en dessous de 90 dB. Sa fiabilité est discutée car elle utilise des sons purs qui pourraient ne pas provoquer la gêne ressentie pour les sons de la vie courante.
D’autres méthodes dites "subjectives" utilisent des questionnaires et des échelles visuelles analogiques, mais elles sont peu fiables et des techniques alternatives sont à l’étude.
La prévalence de l’hyperacousie varie entre 8 et 15% soit une prévalence comparable à celle des acouphènes. Elle peut être unilatérale ou bilatérale et est le plus souvent acquise.
Les causes principales sont les affections du système auditif périphérique, les affections du système nerveux central, les pathologies infectieuses, endocriniennes et auto-immunes, à côté de causes non identifiées qui constituent la plupart des cas d’hyperacousie.
Les comorbidités sont fréquentes : acouphènes, perte auditive, troubles psychiatriques ou psychologiques, voire autisme. Les conduites d’évitement du bruit conduisent les sujets atteints vers un isolement socio-professionnel, source de souffrance avec risque de désinsertion professionnelle.
L’hyperacousie est décrite plus particulièrement au sein de certaines professions comme les musiciens ou les standardistes.
La prise en charge thérapeutique repose sur les thérapies cognitivo-comportementales et les thérapies sonores, car il n’existe actuellement aucun médicament efficace.
La prévention primaire doit s’attacher à réduire l’exposition aux facteurs de risque que sont le bruit, le stress et certains toxiques (bromure de méthyle). La mise en œuvre des équipements de protection individuelle contre le bruit est souvent difficile chez les professionnels dont l’audition est l’outil de travail.
La prévention secondaire permet de diagnostiquer précocement l’hyperacousie pour en limiter les conséquences et orienter rapidement le sujet vers un thérapeute spécifique.
La prévention tertiaire vise à limiter les conséquences de l’hyperacousie et en particulier l’isolement socio-professionnel. Le problème est qu’une contre-indication médicale à l’exposition à certains sons pourra être traduite en inaptitude au poste de travail aboutissant au licenciement du fait de l’impossibilité d’un reclassement.
Pour les cas devenus rares d’intoxication professionnelle au bromure de méthyle (interdit en France depuis mars 2010), une reconnaissance de l’hyperacousie en maladie professionnelle est possible au titre du tableau n°26 du régime général et du tableau n°23 du régime agricole.
(publié le 29 février 2016)