Insomnie due aux facteurs environnementaux

A. Muzet Archives des Maladies Professionnelles et de l’Environnement, 2009, vol. 70, n°3, p. 300-305. Bibliographie.
Cet article étudie particulièrement les anomalies du sommeil causées par les conditions environnementales. Une température de la chambre à coucher comprise entre 19 et 22 °C permet au dormeur de se maintenir dans une zone de neutralité thermique. Par contre, l’exposition au froid ou à la chaleur entraîne une perturbation de la structure du sommeil avec fragmentation de celui-ci. Les températures ambiantes supérieures à 32 °C induisent une réduction quantitative du sommeil à ondes lentes et une fragmentation du sommeil paradoxal . Il ne semble pas exister d’adaptation du sommeil à la chaleur. L’exposition au froid perturbe davantage la structure du sommeil que l’exposition au chaud. S’y ajoute l’effet anesthésiant du froid intense, qui s’ajoute à la déficience de la thermorégulation et peut conduire à la mort. Le bruit favorise une réduction du temps de sommeil (par réveil précoce aux heures matinales). Il entraîne aussi des changements immédiats dans la structure interne du sommeil et notamment des changements de stade qui se font au détriment des stades de sommeil les plus profonds et au bénéfice des stades de sommeil les plus légers. La fragmentation de cette structure du sommeil entraîne un amoindrissement de la qualité du sommeil. Le bruit induit des modifications végétatives telles que modifications du rythme cardiaque, phénomènes vasomoteurs, perturbations dans la régulation des systèmes cardiovasculaire et respiratoire, réponses motrices, modifications hormonales. Les causes de gêne les plus fréquemment citées sont les bruits de circulation routière, les bruits de voisinage et le bruit des avions. L’habituation au bruit existe mais au prix de perturbations de certaines fonctions physiologiques, et notamment accélérations cardiaques initiées de façon réflexe et observées en réponse à des bruits intenses. Les perturbations du sommeil sont plus fréquentes chez les travailleurs manuels que chez les professions libérales et notamment chez les travailleurs postés, les sujets exposés aux vibrations, aux longues semaines de travail et à la forte pression sur le lieu de travail. Si les insomniaques sont le plus souvent suivis médicalement, les personnes dont le sommeil est perturbé par des facteurs environnementaux ne bénéficient d’aucun soutien. Il est primordial de réduire ou d’annuler ces perturbations plutôt que de proposer un masquage de celles-ci par l’administration d’un traitement pharmacologique. Les conséquences du manque de sommeil conduisent à une somnolence diurne, mais aussi une humeur dépressive, une mémoire dégradée et un manque de concentration. Les conséquences médicales de l’insomnie comprennent des troubles cardiovasculaires, respiratoires, gastro-intestinaux, rénaux et musculaires. Le manque chronique de sommeil qui a une grande influence sur les régulations métaboliques et endocriniennes contribue notablement aux risques cardiovasculaires (les insomniaques ont deux fois plus de risques de maladies cardiaques ischémiques que les bons dormeurs). Les insomniaques présentent également souvent des perturbations de leur système immunitaire.
(publié le 14 décembre 2009)