La cigarette électronique est-elle fiable et efficace ?

B. Dautzenberg, M-D. Dautzenberg La Presse Médicale, 2014, vol.43, n°7/8, pp.858-864. Bibliographie
La cigarette électronique accueille un liquide qui va être vaporisé pour former après condensation, l’aérosol de vapeur. Ce liquide est constitué essentiellement de propylène glycol (dont le profil de toxicité est rassurant car utilisé comme médicament de l’asthme) ou de glycérol, soit d’un mélange des deux. Il contient aussi de la nicotine dans une proportion de 0 à 2% en France et des arômes le plus souvent de qualité alimentaire ou pharmaceutique, en quantité variable (mais dont aucun n’a été testé pour l’inhalation). Le liquide peut aussi contenir de l’alcool, de l’eau mais aussi des impuretés (traces de métaux, conservateurs, additifs).
La taille des particules formées permet une pénétration aisée au plus profond des alvéoles pulmonaires et en l’absence de surchauffe de l’atomiseur, la composition chimique est identique à celle du liquide. Il pourrait s’y ajouter des microparticules métalliques provenant du filament de l’atomiseur (d’où l’intérêt de le changer régulièrement et de le maintenir propre).
Outre l’apport en nicotine qui comble le manque du fumeur en quelques minutes, la vapeur en pénétrant dans le corps produit le throat hit (cette sensation particulière d’arrivée du liquide tiède au fond de la gorge) qui fera que le produit sera adopté d’emblée si la sensation est agréable dans les 6 premières secondes. La prise de 15 bouffées en 5 minutes comme cela se fait avec la cigarette pourrait provoquer des pics de nicotine dépassant la saturation des récepteurs pouvant entretenir, voire créer la dépendance.
Les e-cigarettes sont le plus souvent fabriquées en Chine ; on peut considérer qu’actuellement, les matériels et les liquides sont fiables.
"La vapeur de l’e-cigarette ne contient finalement que de la nicotine, délivrée avec une cinétique différente de celle obtenue avec la cigarette et des substances potentiellement inflammatoires à des concentrations bien moindres ou différentes à celles de la fumée de cigarette", mais le risque est de faire entrer en tabagisme des non-fumeurs et notamment des jeunes mais aussi de "renormaliser" le tabac dans une société pourtant désireuse majoritairement de s’en séparer.
"Pour le médecin, les méthodes classiques d’arrêt du tabac avec la substitution nicotinique ou la varénicline sont toujours préférables, mais tout fumeur qui se pose la question de passer à l’e-cigarette ne doit pas être découragé, voire encouragé".
Aucune e-cigarette actuellement n’a le statut de médicament.
Que se passera-t-il sur le long terme ? Les vapoteurs ne resteront-ils pas dépendants de leur cigarette électronique ? Les e-cigarettes d’aujourd’hui seront-elles les mêmes dans 5 ans ?
" Le médecin, dès lors que l’arrêt complet du tabac est obtenu depuis plus d’un mois, après réduction progressive des doses de nicotine d’e-cigarette, devra inciter le vapoteur à abandonner aussi son e-cigarette. A contrario, s’il y a un risque de rechute tabagique, il est préférable au moindre doute de conseiller d’avoir l’usage de l’e-cigarette plutôt que de risquer un retour au tabagisme".
(publié le 29 septembre 2014)