La femme enceinte voyageuse

C. Charlier, P-H. Consigny La Presse Médicale, 2015, vol. 44, n°6, pp. 667-674. Bibliographie

Si la grossesse n’est plus perçue comme une contre-indication à un voyage, même lointain, il n’en demeure pas moins qu’elle nécessite une évaluation soigneuse avant le départ et la mise en place de mesures de prévention spécifiques.

Le deuxième trimestre est la période la plus favorable pour envisager un voyage lointain. Les compagnies aériennes peuvent refuser l’embarquement des femmes enceintes au-delà d’un terme généralement situé autour de 32 semaines d’aménorrhée (SA) pour les vols internationaux et les vols nationaux (si grossesse multiple) à 36 SA (si vols intérieurs et grossesse simple).
Cet article passe en revue les différentes "étapes pratiques de la prise en charge médicale de ces patientes, telle qu’elle se déroule lors d’une consultation dans un centre de médecine des voyages".

Avant le départ :

  • s’informer des situations à risque contre-indiquant le voyage
    • antécédents médicaux : cardiopathie, hémoglobinopathie, insuffisance respiratoire chronique, asthme, diabète, insuffisance rénale chronique, immunodépression sévère, antécédent thromboembolique ou tout autre pathologie nécessitant des soins continus,
    • risque obstétrical : grossesse multiple, béance cervicale, menace d’accouchement prématuré ou saignement actif, toxémie gravidique, diabète gestationnel, grossesse menée après l’âge de 40 ans ou avant 15 ans, grossesse issue de procréation médicalement assistée, antécédents notables lors de grossesses antérieures ;
  • s’informer sur les caractéristiques du voyage : destination, itinéraire, mode de transport, conditions du voyage, activités sportives ;
  • enseigner les signes d’alerte qui nécessiteront une consultation médicale : fièvre supérieure à 38° C, douleurs, contractions rapprochées, écoulement de liquide clair ou saignements, céphalées, œdèmes importants, etc..
  • analyser le bénéfice-risque des vaccinations
    • vaccins vivants atténués contre-indiqués pendant la grossesse, à l’exception de celui de la fièvre jaune en cas de séjour impératif en zone endémique ;
    • vaccins inactivés : quel que soit le terme, peuvent être effectuées les vaccinations contre diphtérie, tétanos et poliomyélite, hépatite A, hépatite B, méningite, grippe et pneumocoque. Sont exceptionnellement pratiquées chez la femme enceinte, la vaccination contre la typhoïde ou la rage. Les vaccinations contre l’encéphalite japonaise et l’encéphalite à tiques n’ont pas été évaluées.
  • prévoir une prophylaxie antipaludique
    • la protection antivectorielle est essentielle : vêtements longs imprégnés, moustiquaire, climatisation, répulsifs sur la peau découverte : DEET à une concentration de 30% maximum, ou IRR 35 35 à 20% ou KBR 3023 à 20% ;
    • la chimioprophylaxie dépend des zones visitées (chloroquine, proguanil, méfloquine, éventuellement atovaquone-proguanil (en l’absence d’autre possibilité) mais il est déconseillé de voyager dans les zones de forte chimiorésistance du paludisme.
  • prophylaxie contre le péril fécal attention à la transmission d’une hépatite A ou E par le biais d’eaux contaminées, n’utiliser que de l’eau en bouteille encapsulée, à défaut filtrée et désinfectée (produits à base d’iode contre-indiqués), attention à l’alimentation et à l’hygiène des mains.
  • conseils pour les transports
    • en avion : risque d’accidents thromboemboliques et risque d’hypoxie pour le fœtus en cas de pathologie maternelle (anémie importante, hémoglobinopathie, pathologie respiratoire hypoxémiante ou dysfonctionnement placentaire)
    • en bateau de croisière : voyage contre-indiqué à partir de 24 SA,
  • conseils vis-à-vis des activités physiques
    • éviter les altitudes supérieures à 3 600 m, voire 2 500 m en fin de grossesse
    • plongée sous-marine contre-indiquée (risque d’accidents de décompression fœtaux)
    • ski nautique contre-indiqué
    • éviter les bains en eau douce (bilharziose, leptospirose)
  • conseils vis-à-vis du soleil
    • protection solaire vivement recommandée (prévention du chloasma)
  • trousse de la voyageuse
    • antalgique : paracétamol (anitinflammatoires non stéroïdiens contre-indiqués)
    • antispasmodique : phloroglucinol
    • antinauséeux : métoclopramide
    • antiallergique : antihistaminiques voire corticoïdes
    • antidiarrhéique : racécadotril et éventuellement antibiothérapie (azythromycine).
(publié le 16 juillet 2015)