Les femmes au coeur du risque cardiovasculaire

Coordination scientifique : V. Olié, S. Danet, S. Rey
Auteurs : C. Mounier-V Vehier, A. Gabet et coll., M. Giroud et coll., Y. Béjot et coll., J-B. Richard et coll., P-Y. Scarabin et coll., V. Olié et coll.
Bulletin épidémiologique hebdomadaire, BEH, 2016, n°7-8, pp. 97-153. Bibliographie

Les données françaises pour la période 2002-2008 mettent en évidence une augmentation des taux d’hospitalisation pour infarctus du myocarde chez les femmes âgées de 35 à 54 ans, en lien avec l’augmentation de la prévalence du tabagisme, de l’obésité et du diabète chez les femmes jeunes. La létalité hospitalière en 2008 était deux fois plus importante pour les femmes que pour les hommes et l’on ne peut exclure des différences dans la prise en charge.

L’accident vasculaire cérébral (AVC) a longtemps été sous-estimé chez les femmes, car il était plutôt considéré comme une maladie de l’homme. Il est désormais reconnu comme un problème majeur de santé publique chez la femme. Le recensement des cas a été fait au travers des registres nationaux de Dijon, Brest et Lille et concernait hommes et femmes de plus de 35 ans.
Les taux d’incidence se sont révélés plus faibles chez les femmes, croissaient avec l’âge et présentaient un gradient nord-sud entre Lille, Brest et Dijon chez les femmes. Cette incidence plus faible chez les femmes pourrait s’expliquer par des raisons génétiques, par le rôle protecteur des œstrogènes, par des chiffres tensionnels plus bas que chez les hommes et par un comportement différent vis-à-vis du dépistage et du traitement précoces des facteurs de risque vasculaire. Les taux de mortalité à 28 jours étaient significativement plus faibles chez les femmes que chez les hommes ; ce qui est le cas dans les pays développés, et qui pourraient s’expliquer par le contrôle des facteurs de risque cardiovasculaire, l’espérance de vie plus longue chez les femmes et la baisse des taux d’incidence.
Les AVC survenant chez les moins de 55 ans sont en augmentation notamment les infarctus cérébraux dans les deux sexes. Une amélioration de la survie est notée à la fois chez l’homme et chez la femme entre les années 1985 et 2011, en raison des progrès de la prise en charge. Les causes de l’infarctus cérébral restent souvent inconnues. Une prévention primaire vasculaire est nécessaire dès le plus jeune âge, passant par une information accrue de la population.

Le tabac et l’alcool interviennent dans les décès par maladie cardiovasculaire (MCV). Dans les populations les moins favorisées socio-économiquement, les hommes ont des niveaux de consommation plus élevés alors qu’au sein des populations les plus favorisées, les consommations se rapprochent entre hommes et femmes (diminution pour les hommes et augmentation pour les femmes).
Il est essentiel de poursuivre les efforts de prévention et de limiter les actions publicitaires en faveur du tabac et de l’alcool.

Les œstrogènes sont les molécules les plus prescrites chez les femmes et la maladie veineuse thrombo-embolique (MVTE) en est un effet indésirable. La recherche d’une sécurité optimale est un impératif de santé publique et en France près des 2/3 des cas de MVTE sont attribuables aux pilules de 3e et 4e générations. Chez les femmes à haut risque, le recours à un progestatif seul ou une contraception non hormonale pourrait réduire le nombre de MVTE. Chez les femmes ménopausées, le traitement hormonal substitutif est recommandé à la dose minimum efficace et pour de courtes durées et l’utilisation préférentielle d’œstrogènes transdermiques chez les femmes à haut risque est un bon choix.
Enfin la MVTE est l’une des principales complications de la grossesse. C’est une pathologie pourtant évitable par une prévention adaptée nécessitant une identification minutieuse et individuelle des facteurs de risque.

Le milieu professionnel doit être pris en compte. Les femmes confrontées à de très fortes contraintes physiques ont un risque de MCV et d’HTA accru, toutes choses égales par ailleurs, comparativement aux autres femmes. Par contre, lorsque le travail de nuit, le travail répétitif et l’exigence physique sont pris en compte séparément, les conditions de travail ne jouent pas de rôle significatif sur les MCV. L’exposition aux produits nocifs augmente le risque chez les femmes. Le cumul d’au moins deux conditions de travail pénible est préjudiciable à la santé des femmes (avec risque accru de 98% pour les MCV). Ce qui ne se voit pas chez les hommes.

(publié le 26 mai 2016)