Médecine et conduite automobile : alcool ... et autres toxiques

F. Abramovici La Presse Médicale, 2015, vol.44, n°10, pp. 1048-1053. Bibliographie
Plus de 30% des accidents mortels de la route sont liés à l’alcool. Plus de 100 000 constatations de conduite sous l’emprise d’un état alcoolique étaient recensées en France en 2000.
Le taux d’alcool limite autorisé est de 0,5 g d’alcool par litre de sang, soit 0,25 mg d’alcool par litre d’air expiré. Chaque verre consommé fait monter le taux d’alcool de 0,20 g à 0,25 g en moyenne, mais souvent plus en fonction de l’état de fatigue ou de stress, du tabagisme, de l’âge, etc.
Le taux d’alcool maximal est atteint une demi-heure après absorption à jeun et une heure après absorption au cours d’un repas. Il décroît en moyenne de 0,10 à 0,15 g d’alcool par litre de sang en 1 heure.
Tous les conducteurs auteurs d’infractions liées à la consommation d’alcool ou de stupéfiants passent une visite médicale auprès d’une commission médicale départementale, incluant quasi systématiquement le recours à la déclaration de l’usager, à un examen clinique et des examens biologiques. L’usage de questionnaires type FACE ou AUDIT n’est cité que par 8,5% des médecins en commission et 13% des médecins du permis de conduire en ville. Mais nombreux sont les médecins à recourir à l’avis d’un addictologue ou d’un psychiatre, voire d’un gastro-entérologue ou d’un hépatologue.
Les médecins doivent dépasser le cadre strict de la médecine de contrôle et proposer des actions préventives. Ils peuvent aussi prononcer une obligation de soins. Le médecin agréé pourra faire mentionner la cotation 05.08 qui veut dire "pas d’alcool" sur le permis de conduire.
Mais il n’y a pas que l’alcool : la présence de drogues illicites est retrouvée dans environ 10% des cas d’accidents routiers et le cannabis au volant est directement impliqué dans 30% des accidents mortels chez les moins de 27 ans. Le cannabis produit une ivresse voisine de celle de l’alcool mais avec en plus des distorsions sensorielles. Il serait bon qu’une information soit donnée aux consommateurs. Depuis le 30 juillet 2008, les forces de l’ordre ont la possibilité d’utiliser les tests salivaires pour dépister l’usage de drogues au volant en moins de 10 minutes.
Les médicaments à risque disposent depuis 1999 d’un pictogramme spécifique et le médecin qui les prescrit doit en informer le patient.
En ce qui concerne les traitements psychotropes, on sait que les benzodiazépines/anxiolytiques est les traitements anti-dépresseurs ont un lien avec la sur-accidentalité.
Une obligation s’impose au patient qui doit signaler à l’administration toute pathologie ou handicap susceptible de retentir sur sa capacité de conduire mais aussi à son assureur.
Le médecin pour sa part est tenu d’informer son patient de se signaler comme conducteur à risque auprès de l’administration et de prouver que cette information lui a bien été délivrée. Sa responsabilité pénale peut être engagée en cas d’accident.
(publié le 14 janvier 2016)