Médicaments et conduite automobile

A-S. Lemaire-Hurtel, J-P. Goullé, J-C. Alvarez, P. Mura, A-G. Verstraete La Presse médicale, 2015, vol.44, n°10, pp. 1055-1063. Bibliographie
D’après les données de la littérature, une exposition à un médicament potentiellement dangereux est retrouvée chez environ 10% des accidents de la route. Les molécules les plus fréquemment retrouvées sont les hypnotiques et les anxiolytiques, en particulier les benzodiazépines et molécules apparentées.
La réglementation en vigueur impose au médecin prescripteur et au pharmacien qui délivre le produit d’informer des risques éventuels de ces médicaments sur la conduite automobile ou lors d’utilisation des machines. Le conducteur a aussi une responsabilité directe qui l’engage, lui et lui seul à suivre l’avis médical reçu.
Des mesures concrètes ont été prises sous la forme d’informations dans le résumé des caractéristiques du produit (RCP) et de pictogrammes sur le conditionnement des médicaments selon trois niveaux de risque.
Les résultats d’études expérimentales et pharmaco-épidémiologiques ont montré que le risque relatif d’accidents impliquant des benzodiazépines (BZD) était de 2,30 pour les accidents mortels, 1,07 pour les accidents corporels et 1,35 pour les accidents avec dommages matériels. Pour certaines molécules, les perturbations lors des épreuves psychomotrices de conduite étaient comparables à celles produits par une alcoolémie de 1g/kg de poids corporel. Les effets sont très disparates selon les molécules (notamment en fonction de leurs demi-vies). Les effets observés se prolongent le matin suivant la prise nocturne pour quelques BZD. Le zolpidem par contre n’aurait aucun d’effet délétère sur la conduite 8,25 heures après l’administration.
Il y aurait une relation significative entre la concentration des BZD et la difficulté à exécuter des tests de performance (marche, marche après demi-tour).
Au total, la prise de BZD à doses thérapeutiques est un facteur de risque pour la conduite et ce risque est accru avec l’augmentation de la dose. Il est le plus élevé au début du traitement et il diminue si l’usage est chronique.
Les informations sur les risques de modification des performances psychomotrices doivent être délivrées aux patients sous opioïdes, antiépileptiques, antihistaminqiues ou antidépresseurs a fortiori s’il sont associés à l’alcool. C’est un problème de santé publique tout autant que de sécurité routière.
(publié le 14 janvier 2016)