Plaies, piqûres et moustiques
Prévention de la rage

O. May, T. May La Revue du Praticien, Médecine Générale, 2012, vol.62, n°1, pp.131-137
Tous les ans, il y an en France 500 000 morsures d’animaux.
Si les morsures de chien sont les plus fréquentes et concernent surtout les enfants entre 1 et 13 ans, les morsures de chat se voient plus souvent chez les adultes et majoritairement chez les femmes.
Lors de la morsure, la contamination provient de la flore de la salive de l’animal (Pasteurella et germes anaérobies chez le chien et le chat, Bartonella Hensetae chez le chat Francisella tularensis chez le lièvre, le lapin ou les tiques, etc.), mais aussi de la flore cutanée du sujet mordu et de l’environnement.
Les pasteurelloses surviennent tôt, 6 h après une morsure de chat ou de chien, et se manifestent par rougeur, œdème, écoulement de sérosités voire de pus, suivis d’une fièvre (inconstante), d’une lymphangite et d’adénopathies satellites parfois d’arthrites subaiguës, ou de syndromes algodystrophiques. Les complications sont régionales mais peuvent être systémiques sur les terrains immunodéprimés.
La maladie des griffes du chat est d’incubation plus longue (15 à 30 jours) et est souvent révélée par des adénopathies de grosse taille, sensibles et fermes, dans le territoire de drainage de la griffure. La guérison peut être spontanée mais l’évolution peut se faire vers la fistulisation ganglionnaire.
Les rongeurs sont responsables de tularémie, de Sodoku (rat d’Asie), d’haverillose (rat sauvage d’Amérique) ou de leptospirose (plus souvent en Nouvelle-Calédonie et à la Réunion, qu’en France).
Une plaie par morsure nécessite une prise en charge : lavage abondant au sérum physiologique, désinfection locale par eau et savon, puis antiseptique et exploration chirurgicale à la recherche d’une lésion tendineuse, artérielle ou nerveuse. Les plaies de la main et de la face doivent faire l’objet d’un avis spécialisé. Une antibiothérapie préventive (amoxicilline-acide clavulanique) pour une durée de 7 jours n’est indiquée que dans les cas de morsures à haut risque septique, les morsures de la main et les morsures suturées de la face, ou de terrain à risque (diabète, éthylisme, splénectomie, immunodépression).
La prévention du tétanos sera systématique ; et l’utilisation d ’un test rapide au service d’urgence conseillée, afin d’éviter les vaccinations et surtout les immunoglobulines inutiles et coûteuses.
Une morsure d’animal, une griffure ou le contact salivaire d’une plaie ou d’une muqueuse doivent faire évoquer le risque de rage. La rage des animaux terrestres est éradiquée en France depuis 1998 mais depuis 1970, 20 décès humains dus à la rage sont survenus en France, tous faisant suite à une morsure survenue hors du territoire français. En l’absence d’une prise en charge rapide, la maladie est toujours mortelle. Le traitement spécifique n’est mis en route que si l’animal est suspect ou inconnu (protocole court de Zagreb : 2 injections à J0, 1 injection à J7 et une injection à J21). Une morsure par animal enragé ou à fort risque (chauve-souris) impose le schéma long dit "’Essen" : 1 injection à J0, J3, J7, J14, J30, ±J90). Il existe une vaccination antirabique préventive.
Une morsure de serpent ne signifie pas obligatoirement envenimation. En France, les serpents venimeux sont principalement des vipères , responsables de 2 000 morsures chaque année et de moins de 10 décès. La conduite à tenir consiste à confirmer qu’il s’agit bien d’une morsure de serpent, d’immobiliser le membre mordu afin de diminuer la diffusion du venin, de laver abondamment à l’eau ou au sérum physiologique et de désinfecter, de prescrire des antalgiques, (sauf les AINS), d’hospitaliser pour une éventuelle sérothérapie antivenimeuse.
Les piqures d’hyménoptères sont responsables en France d’une dizaine de décès par an, conséquences d’un choc anaphylactique après réaction d’hypersensibilité immédiate. Il faut intervenir rapidement (injection sous-cutanée ou IV d’adrénaline) et à distance mener un bilan allergologique et désensibiliser aux venins d’hyménoptères.
(publié le 12 avril 2012)