Portage chronique de l’antigène HBs chez un chirurgien : conduite à tenir et enjeux en médecine du travail

M. Harf-Cherbit, I. Rosa Archives des maladies professionnelles et de l’environnement, 2014, vol.75, n°1, pp.64-71. Références
Il est rapporté ici le cas d’un chirurgien porteur chronique de l’antigène HBs, réalisant des actes invasifs à risque de transmission.
L’article pose la question du questionnement du médecin du travail dans une telle situation.
Il débute par une information générale sur l’hépatite B, son mode de transmission, les formes cliniques.
Les risques sont doubles pour le soignant, risque de complications hépatiques (corrélées à la charge virale B) et risque de transmission professionnelle et extra-professionnelle. Le niveau de risque dépend du type d’actes de soins réalisés, du respect des précautions standard et enfin de la charge plasmatique chez le soignant infecté.
Le traitement de l’hépatite chronique a pour objectif de faire disparaître l’Ag HBs et de voir apparaître les anticorps anti-HBs (indicateur d’immunisation et de guérison). Le plus souvent, on se contente d’une suppression durable de la réplication du virus de l’hépatite B. L’indication du traitement antiviral repose sur l’activité de la maladie hépatique, le degré de fibrose et le niveau de réplication virale.
Tout personnel soignant en particulier les chirurgiens, dont la charge virale est supérieure à 2 000 UI/ml doit être traité si possible avec un agent antiviral puissant de façon à obtenir une charge virale au mieux indétectable. Le traitement est long (durée indéfinie actuellement) et le coût élevé. Le risque est celui de résistance virale en cas de non-compliance du patient.
Dans cette situation, que peut faire le médecin du travail ? Réglementairement, il n’est pas responsable de la prévention de la transmission des agents infectieux de soignant à patient. Il ne peut donc prononcer de restriction d’aptitude dans une perspective autre que la protection de la santé du soignant concerné ou de ses collègues de travail.
Dans ce cas précis, l’Inspection médicale a été saisie et sa réponse a été sans ambiguïté, la question de la poursuite des actes invasifs ne relève pas de la compétence du médecin du travail. Mais elle ne peut être envisagée qu’après une évaluation par une commission spécifique qui formule un certain nombre de recommandations dont la régularité du suivi spécialisé, une conduite à tenir en cas de réactivation de la virémie et une communication immédiate au médecin du travail des résultats des examens complémentaires.
Le Haut conseil de la Santé publique (HCSP) aborde les mesures de prévention du risque de transmission : respect des précautions standard, vaccination systématique des soignants, vérification d’une immunisation efficace, diagnostic précoce des soignants infectés, mesure et réduction de la charge virale des soignants infectés, proposition d’une démarche raisonnable aux patients infectés.
Le groupe de travail recommande la création d’une Commission nationale consultative (CNC) qui serait saisie par le soignant lui-même ou un médecin suivant le patient. Elle serait chargée de rendre des préconisations qui seraient transmises au patient lui-même et à l’auteur de la saisine.
Le médecin du travail soumis au secret médical ne peut pas informer lui-même les instances compétentes dans la gestion du risque nosocomial.
Il importe que les soignants respectent les obligations vaccinales et les conditions d’immunisation. Les praticiens exerçant dans la fonction publique hospitalière sont assujettis à un suivi médical avec un service de santé au travail. La situation des praticiens travaillant dans le privé est différente, car ils sont responsables de leur propre suivi. Dans tous les cas, la confidentialité sera respectée.
(publié le 6 mai 2014)