Résistance, la lutte se mondialise

A-G. Moulun Le Quotidien du Médecin, 25 juin 2015
La résistance aux antibiotiques est désormais planétaire.
Les experts ont initié il y a deux ans une enquête de prévalence afin de suivre l’évolution de la consommation d’antibiotiques et des résistances au niveau mondial. Les résultats préliminaires ont été présentés lors du 5e Forum mondial sur les infections nosocomiales et la résistance aux antibiotiques qui a réuni plus de 70 experts venus de tous les pays du monde à l’initiative du laboratoire Bio-Mérieux.
L’étude a été lancée dans 100 hôpitaux en Europe de l’Ouest, une dizaine en Asie centrale et une vingtaine en Amérique. Elle a inclus plus de 50 000 patients adultes et plus de 8 000 enfants.
Il apparaît que les patients qui reçoivent le plus d’antibiotiques sont ceux qui sont en unités de soins intensifs ou de pneumologie, ou qui ont bénéficié d’une transplantation.
Il semblerait que les hôpitaux ne suivent pas les guidelines, voire n’en ont même pas pour certaines indications. D’autres prescrivent les antibiotiques trop longtemps en prophylaxie ou trop par voie parentérale.
Au sein des 100 hôpitaux européens enquêtés, les antibiotiques les plus utilisés sont les bêta-lactamines, la pénicilline, les tétracyclines et les quinolones. Les malades hospitalisés en Asie ou en Amérique reçoivent plus d’antibiotiques que dans les pays nordiques.
Mais il faut compter aussi avec tous les antibiotiques distribués hors hôpitaux mais aussi avec la médecine vétérinaire car l’utilisation animale dépasse la consommation humaine et les animaux sont traités avec des antibiotiques semblables à ceux utilisés en médecine humaine, animaux alors colonisés par des bactéries résistantes, ce qui est catastrophique pour la médecine humaine.
Une expérience dans les pays nordiques a montré que l’arrêt d’utilisation d’une classe d’antibiotiques permettait à la résistance de disparaître mais dans un délai d’environ 5 ans.
Il faut développer des initiatives mondiales, éduquer, former et sensibiliser prescripteurs et utilisateurs.
(publié le 30 juillet 2015)