Somnolence et risque accidentel

D. Léger, P. Ement La Presse Médicale, 2015, vol.44, n°10, pp. 1022-1028. Bibliographie

En Europe, la somnolence au volant est l’une des causes majeures d’accident mortels de la circulation. Conduire après une nuit blanche équivaut à prendre la route avec une alcoolémie de 0,9 g/L, un taux illégal dans tous les pays de l’union européenne.
Entre 8 et 15 voire 20% des adultes sont somnolents (simple interruption de l’éveil par des épisodes de sommeil léger de brève durée au cours de la journée). Entre 3 et 6% des adultes seraient hypersomnolents (survenue d’épisodes irrépressibles de sommeil au cours de la journée). 2, 7% des adultes ne sont pas somnolents dès lors qu’il ont la possibilité de dormir plus de 10 heures par 24 heures, ce qui n’est pas toujours compatible avec les activités professionnelles et extra professionnelles.
De nombreuses études et enquêtes révèlent l’importance de la somnolence au volant dont une importante étude paneuropéenne menée en 2014 qui fait état d’une prévalence moyenne au volant au cours des deux dernières années de 17% et chez ceux qui somnolent au volant, la prévalence d’accidents était de 7%.
Les accidents liés à la somnolence sont plus sévères et plus mortels que ceux dans lesquelles la somnolence n’est pas impliquée.
La privation de sommeil est l’un des facteurs comportementaux influençant le plus la somnolence au volant. Ainsi 33% de la population adulte et 35 à 40% de la population active affirment dormir moins de 6h par 24 heures en semaine. Il est établi que dormir moins de 5 heures dans les dernières 24 heures augmente le risque accidentel de 2,7 par rapport aux conducteurs ayant une durée de sommeil correcte.
S’y ajoutent les horaires de travail de nuit ou irréguliers, les travailleurs de nuit ou postés dormant en moyenne une heure de moins que ceux de jour fixe ; ce qui induit une dette chronique de sommeil augmentant la tendance à la somnolence. Conduire la nuit augmente le risque relatif d’accidents par 3,42.
Mais aussi les pathologies du sommeil dont l’insomnie, le syndrome d’apnées obstructives du sommeil (SAOS), la narcolepsie et l’hypersomnie.

Pour évaluer la somnolence et la vigilance, nous disposons de
méthodes objectives
 :

  • le test de latence d’endormissement et le test de maintien de l’éveil qui reposent sur l’analyse de l’électroencéphalogramme (EEG) réalisé dans des conditions de laboratoire,
  • l’EEG simple en ambulatoire (test de référence pour objectiver la somnolence d’un individu),
  • l’enregistrement vidéo des mouvements des paupières et oculaires,
  • le test de vigilance psychomotrice ;

et de méthodes subjectives

  • échelle de somnolence d’Epworth, voire échelle de somnolence de Stanford et échelle de somnolence de Karolinska plutôt utilisées pour la recherche,
  • test de mesure de la déviation standard de la position latérale.

Les règles de prévention de la somnolence au volant reposent sur une quantité et une qualité de sommeil suffisantes, des pauses régulières accompagnées de siestes et/ou de prises de café, associées à des protéines plutôt qu’à des aliments sucrés. Il faut bien sûr s’abstenir d’alcool et éviter de conduire la nuit si l’on n’en a pas l’habitude.

(publié le 31 décembre 2015)