Synergie entre suivi postprofessionnel et prévention secondaire des cancers

E. Phan Chan Thé Préventique Sécurité, 2008, n°100, p. 76-83

Les cancers ont représenté en 2004, la première cause de mortalité en France, soit 30% des causes de décès. Une origine professionnelle est suspectée dans 4 à 8,5% des cas et selon le plan national « santé environnement 2004-2008 », 7 à 20% des cancers seraient dus à des facteurs environnementaux (et donc non liés à des facteurs comportementaux). Ils surviennent dans ce cas après plusieurs années d’exposition, voire plusieurs décennies et donc parfois après l’arrêt de l’activité professionnelle. Préventions secondaire et tertiaire sont donc d’actualité concernant les expositions des dernières années. Le suivi post-professionnel s’inscrit dans ce contexte. Le salarié ayant quitté l’entreprise dans laquelle il a été exposé peut bénéficier d’une surveillance médicale tous les 5 ans. Le problème le plus crucial concerne l’amiante qui va rester encore longtemps un sujet de préoccupation en termes de santé publique. Certains groupes de travail réfléchissent à l’opportunité de réexaminer dans leur globalité les stratégies de surveillance post professionnelles (repérage et quantification des expositions, examens proposés pour le dépistage d’anomalies pleurales ou pulmonaires et notamment l’analyse coût-bénéfice de l’introduction de l’examen tomodensitométrique thoracique). La prévention secondaire concerne également la santé publique notamment le dépistage du cancer du sein, du cancer colo-rectal et de la prostate. L’objectif est de réduire la mortalité liée à ces cancers ; en France, presque 10% des femmes développent un cancer du sein et 75% des femmes dépistées sont des femmes de plus de 50 ans et ce nombre est en augmentation constante. Une mammographie pratiquée tous les deux ans, permet de réduire de l’ordre de 30% la mortalité liée au cancer du sein. La réduction de la mortalité ne pourra pas être mise en évidence tant que le taux de participation n’atteint pas 60% et ne s’y maintient pas pendant une dizaine d’années. En 2007, il est de 50,7%. L’objectif national est un taux de participation de 70%. En ce qui concerne le cancer colo-rectal, le test de dépistage consiste en une recherche de traces de sang dans les selles, invisibles à l’œil nu. il semble qu’avec une participation d’au moins 50% des femmes et des hommes de 50 à 74 ans au dépistage par ce test tous les deux ans, la mortalité peut baisser de 15 à 20%. Les cancers des VADS (voies aérodigestives supérieures) sont en lien avec une intoxication alcolo-tabagique. L’examen de la cavité buccale par tout médecin chez les sujets à risques est un moyen de dépistage précoce de certains cancers des VADS. En ce qui concerne le dépistage du cancer de la prostate, le bénéfice en termes de réduction de mortalité globale d’un dépistage systématique du cancer de la prostate par le dosage du PSA sérique total n’est pas démontré ; cependant, une démarche de dépistage individuel, non systématisée, pourrait dans certains cas apporter un bénéfice individuel au patient. Au total, « s’intéresser à l’environnement, au sens large du terme, de son prochain est assurément une approche transversale et transdisciplinaire d’une prévention pertinente avec l’objectif d’une santé au travail durable au fil de l’âge ».

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(publié le 2 décembre 2008)