Vivre après un syndrome coronaire aigu

H. Douard, J. Corré La Revue du Praticien, 2015, vol.65, n°3, pp 357-362. Bibliographie
Après un syndrome coronaire aigu, l’entourage est souvent surprotecteur. Les structures de réadaptation sont le lieu idéal pour répondre à toutes ces interrogations mais seuls 25% de ces patients en bénéficient.
Concernant la reprise de l’activité professionnelle, la réinsertion précoce (1 à 2 mois suivant l’importance de la zone nécrosée) est bénéfique pour l’équilibre psychologique et favorise la correction des facteurs de risque. Les personnes occupant des postes à risque ou ayant des contraintes physiques importantes pourront bénéficier d’une inaptitude temporaire, d’un reclassement professionnel, voire d’une invalidité (mais qui doit être justifiée médicalement).
Si pour la conduite non professionnelle, le délai pour la reprise est de 1 à 3 mois, les autorisations de conduite professionnelle (taxi, ambulance, autobus, auto-école, etc...) reposent sur l’aval de commissions spécifiques mais habituellement négatives.
Il ne faut pas trop d’interdits notamment en ce qui concerne les activités physiques au delà des premiers mois qui suivent l’événement, sauf en cas de double anti-agrégation plaquettaire qui contre-indique les gestes à risque de saignement, tout comme les sports à risque de collision ou les sports d’équipe. Il faut même encourager l’activité physique et sportive qui diminue de 30% la mortalité en proscrivant l’esprit de compétition, privilégier les activités de type aérobie, d’endurance, en respectant les règles d’échauffement et de récupération progressifs, en limitant les milieux hostiles climatiques et environnementaux.
La sexualité pourra être reprise dès la première ou la deuxième semaine en l’absence d’angor résiduel ou d’insuffisance cardiaque (élévation chronotrope modérée comparée à une montée d’escalier de deux étages).
Les traitements médicamenteux regroupés sous l’acronyme BASIC (bétabloquants, antiagrégants plaquettaires, statines, inhibiteurs de l’enzyme de conversion, contrôle des facteurs de risque) inquiètent les patients, de par leur lourdeur et leur durée. La qualité de vie et l’observance thérapeutique dépendent largement de la posologie qui doit être adaptée individuellement.
Les voyages sont source d’inquiétude mais les accidents coronariens en avion sont exceptionnels ; cependant un recul de 6 mois - 1 an est conseillé pour les voyages lointains favorisant une déstabilisation de la pathologie (resténose, thrombose de stent, arythmie). Les voyages en altitude sont déconseillés dans l’année qui suit l’accident aigu. Les expositions solaires prolongées sont contre- indiquées tout comme les saunas, hammams et/ou l’immersion en eau glacée.
Les erreurs alimentaires seront corrigées et un réajustement pondéral est souvent nécessaire. Les diabétiques (1/3 des infarctus) bénéficieront de conseils spécifiques.
(publié le 9 juillet 2015)