Zika : le point en avril 2016

L. Epelboin La Revue du Praticien, Médecine Générale, 2016, vol.30, n°960, pp. 322-324

Le virus Zika (ZIKV) a été détecté pour la première fois en 1947 chez un singe en Ouganda puis chez l’homme en 1952 en Ouganda et au Nigeria. La première épidémie date de 2007 en Micronésie avec 185 cas tous bénins sur une population de 7 391 habitants.
Une épidémie survient en Polynésie française entre 2013-2014 avec 32 000 cas estimés, 72 formes sévères dont 42 syndromes de Guillain-Barré et d’autres atteintes neurologiques et auto-immunes.
L’épidémie qui a touché le Nord-Est du Brésil en mai 2015 s’est ensuite répandue dans toute l’Amérique latine et début mars 2016, 31 pays d’Amérique du Sud et 52 pays dans le monde sont touchés.
La transmission est essentiellement vectorielle mais des cas de transmission sexuelle ont été rapportés.
Après une incubation courte (3 à 12 jours), survient un tableau proche de celui de la dengue ou du chikungunya (exanthème diffus, fièvre peu élevée, asthénie importante, hyperhémie conjonctivale, arthralgies, céphalées, myalgies et œdèmes des extrémités). Ces formes bénignes guérissent en 3 à 7 jours mais 80% des formes sont asymptomatiques.
Des atteintes neurologiques notamment des syndromes de Guillain-Barré (SGB) ont été rapportés mais aussi des cas de méningite, de méningo-encéphalite et de myélite ainsi que des complications hématologiques (thrombopénies ou anémies auto-immunes).
A côté des microcéphalies survenues chez les bébés dont la mère a contracté la virose Zika pendant la grossesse, d’autres malformations neurologiques congénitales sont été décrites (calcifications, ventriculomégalie, hypoplasie du corps calleux ou du cervelet...), ainsi que des atteintes non neurologiques. Au total, chez 12% des femmes enceintes ayant eu une infection prouvée, notamment au premier trimestre, l’échographie obstétricale montre des anomalies fœtales. Il n’est pas possible actuellement de savoir si les formes asymptomatiques pourraient aboutir à des malformations fœtales.
Le diagnostic biologique repose sur la PCR sur le plasma dans les 5 premiers jours suivant le début des symptômes et jusqu’à 10 jours dans les urines. Au delà de 5 jours, est proposée la détection des IgM anti-ZIKV. Dans les départements français d’Amérique, le diagnostic est réservé aux femmes enceintes et aux nouveau-nés avec suspicion de ZIKV ainsi qu’aux malades jugés sévères.
Le traitement est symptomatique sauf en cas de SGB où des immunoglobulines peuvent être injectées.
La prévention repose sur la lutte antivectorielle à l’échelle individuelle et collective.
Des recommandations ont été édictées pour les femmes enceintes :

  • celles vivant ou voyageant en zone d’épidémie lutteront contre les piqûres de moustique,
  • celles en âge de procréer, en zone d’épidémie, reporteront leur projet de grossesse et utiliseront une contraception efficace,
  • celles ayant pu être exposées auront un suivi obstétrical notamment échographique.

Les nouveau-nés de mères vivant ou ayant voyagé en zone d’épidémie bénéficieront d’un suivi rapproché.

(publié le 28 avril 2016)